LIVRE XI
depuis ce temps-là par sa conduite que se voulant conserver la liberté tout entière d'agir contre les défenseurs de saint Augustin selon son inclination et en la manière qu'il se le proposait déjà, il ne voulait pas leur être obligé de son élection, dont ils auraient pu un jour lui faire des reproches.
Après que les choses eurent été disposées par la terreur et par les menaces et les calomnies les plus atroces, l'assemblée se tint dans la chapelle de laSorbonne le 14'"^ jour de janvier. M. d'Embrun s'y rendit pour y présider selon la commission que M. l'archevêque de Paris lui avait donnée le 10 du même mois, et avec lui MM. les évêques de Montauban, de Comminges, de Césarée, coadjuteur de Soissons, de Césarée {sic), les docteurs de Sorbonne, ceux de Navarre qui y avaient droit de suffrage, le tout au nombre de quatre-vingt-huit docteurs. M. d'Embrun fit l'ouverture de l'assemblée en peu de mots, témoignant assez par son action la passion qu'il avait que l'on jetât les yeux sur un docteur non suspect; c'est-à-dire que les disciples de saint Augustin en eussent l'exclusion. Après [que] l'on eut lu les lettres de commission que M. l'archevêque de Paris lui avait données pour présider en sa place^ il se forma d'abord une contestation sur le droit de suffrage entre M. Coppin, second docteur de la maison de Navarre, et M. Cornet qui en était alors le grand- maître. M. Coppin alléguait pour lui la clause de cette chaire de professeur royal qui portait que les deux plus anciens de la maison de Navarre assisteraient à cette élection et y auraient droit de suffrage, et que M. Cornet, quoique grand-maître, étant beaucoup au-dessous de lui pour l'antiquité, c'était lui qui devait jouir de ce droit avec M. Chastelain qui était présent dans l'assemblée. M. Cornet au contraire alléguait sa qualité de grand-maître et la possession de donner sa voix en ces sortes de rencontres^ comme il avait fait quelques années auparavant, lorsque M. de Sainte-Beuve avait été nommé en la place de M. Hallier. Mais M. Coppin répliquait que s'il s'était trouvé à cette élection, c'était ou parce qu'il ne s'y était point présenté de docteur plus ancien, ou parce que celui qui aurait pu l'emporter au-dessus de lui aurait bien voulu lui déférer cet honneur, et que pour lui il n'était nullement résolu de lui céder ce qui ne lui appar-
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tenait pas, et voulait soutenir son droit dans le sens naturel des termes qui étaient portés par les lettres de la fondation de cette chaire. Il agissait en cela avec d'autant plus de chaleur qu'ayant eu longtemps M. Quéras auprès de lui comme un nourrisson qu'il avait élevé et qui faisait une des principales parties de sa gloire, il voulait joindre sa voix à celle de M. Ghastelain, son confrère, afin de lui assurer deux suffrages. M. Cornet au contraire, étant entré dans la cabale des partisans de Molina, et qui craignait que cette voix de M. Coppin ne fît la décision de l'affaire, inspira à l'assemblée de remettre au roi le jugement de cette contestation, et que, pour cette fois, ils seraient priés tous deux de. s'abstenir de porter leurs suffrages dans l'élection dont il s'agissait.
On procéda ensuite à l'élection par scrutin, et la boîte étant ouverte, il se trouva que M. Dabes avait pour lui cinquante cinq voix et M. Quéras trente-cinq. Ainsi la pluralité fut pour M. Dabes, qui aurait pu être reçu s'il eût voulu dès le commencement par l'uniformité de toutes les voix. Il fit le serment ordinaire entre les mains de M. d'Embrun, qui fît porter à la cour en diligence la nouvelle de cette élection dans le dessein de s'en faire un grand mérite. Il fut aussi nommé par l'assemblée pour prier M. le cardinal Mazarin de demander auprès de Sa Majesté la grâce de faire payer les gages des professeurs qui leur étaient dus depuis quelques années, et lorsqu'il exécuta cette commission dans le compliment qu'il fit à Son Éminence, il représenta l'obligation que l'on avait à tous les docteurs qui l'accompagnaient de s'être opposés aux prétendus jansénistes et d'avoir résisté à leurs brigues et à leurs emportements dans cette élection, quoiqu'ils n'eussent nommé M. Quéras qu'avec toute la modération et toute l'honnêteté imaginables.