LIVRE XI
tiers; et ne l'ayant pu obtenir, ni de lui ni des agents qui envoient ces sortes de décrets aux ordinaires des lieux pour les faire exécuter dans leurs diocèses, enfin il négocia plus heureusement auprès de M. le nonce, après lui avoir supposé faussement que les disciples de saint Augustin disaient partout que les exemplaires de la bulle avaient été falsifiés.
Ayant reçu de cet officier du papelelOde janvier un paquet adressant [la bulle] à l'Université de Poitiers avec une lettre de compliment, il la fit assembler le 17 du même mois. Les plus célèbres et les plus sages de ce corps ne voulurent pas s'y trouver parce qu'ils prévoyaient.les excès qu'un homme si emporté y pouvait commettre, et qu'ils n'en voulaient pas être les témoins, comme de sa part il n'avait pas voulu déférer àTavis qu'ils lui donnaient de s'abstenir de la convocation de cette assemblée, dont ils ne prévoyaient point d'autre fruit qu'un éclat fort inutile.
Le sieur Filleau, en qualité de chevalier de l'ordre du roi, de conseiller d'État, de premier avocat de Sa Majesté au siège présidial de Poitiers, et de docteur régent de l'Université de la même ville, exposa à cette Université, quand elle fut assemblée, comment à sa prière M. le nonce avait adressé à cette fameuse académie la bulle du Saint Père tant désirée, avec une lettre qu'il lui écrivait. Le greffier de la même Université en ayant fait la lecture, et le sieur Rigommer, qui en était le procureur fiscal, prenant la parole, après s'être étendu sur les louanges de la constitution, requit que l'un et l'autre de ces doux actes fussent enregistrés dans les registres de l'Université. Le recteur parla ensuite sur cette affaire et exhorta les docteurs à dire leurs avis, leur remontrant que c'était au pape, par la plénitude de sa puissance, à juger des causes majeures sans [s'Jobliger d'assembler les évêques et de prendre leur conseil et leurs avis pour les décider. Enfin, ils conclurent que pour conserver la mémoire d'une si rare bénédiction, tous les docteurs, revêtus de leurs chapes de cérémonie, se trouveraient au même lieu le 27 de ce mois, pour partir de l'église des Frères Prêcheurs, qui était le lieu ordinaire des assemblées de l'Université, en chantant l'hymne du Saint-Esprit pour implorer sa grâce, non pas cette grâce trompeuse ni celle qui est efficace par elle-même, et de làaller avec beaucoup de cérémonie en procession dans l'église de Notre-Dame pour la remercier par
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cette antienne : Gaude Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti, etc., de la destruction entière qu'elle avait faite de Thérésie des jansénistes, et ensuite dans celle des Auguslins, qui étaient les vrais disciples de saint Augustin, pour y assister à la messe du Saint-Esprit qui s'y célébrait en action de grâces pour cette bulle, et à la prédication qui s'y ferait en son honneur par l'un des Pères de la maison, et pour jurer sur la bulle en présence de J.-C. et de ses autels, et signer qu'ils y adhéraient tous pour jamais, par une formule qu'ils avaient dressée pour cet effet, et qui était remplie d'impostures contre les prétendus jansénistes et contre le livre de M. l'évêque d'Ypres.
Le 27"^e jour de janvier étant arrivé, l'illustre M. Filleau se trouva avec tous les docteurs, suppôts et officiers de l'Université, à la réserve de ceux qui s'en étaient absentés par l'aversion qu'ils avaient de ses momeries et de ses extravagances. Après qu'ils se furent rangés en leur ordre, ils sortirent de l'église, revêtus de leurs robes de cérémonie, en chantant l'hymne Veni Creator, et chacun marcha selon le rang de la Faculté dont il était. Le greffier portait la bulle et ce formulaire comme une relique très précieuse. Les Jésuites, qui voulaient assister à ce triomphe et le rendre plus célèbre, donnèrent ce jour congé à leurs écoliers et les obligèrent de prendre leur place dans cette procession pour la grossir, et ce ne fut pas un petit renfort^ car sans ce secours la cérémonie aurait été dans une grande désolation. Étant arrivés dans l'église de Notre-Dame dans cet équipage, ils ne trouvèrent que le peu de monde qui a accoutumé de s*y rendre en des jours communs pour y entendre la messe. Ils chantèrent l'antienne : Gaude Maria, etc., après laquelle ils repartirent aussitôt, sans être accompagnés du clergé, et se rendirent en l'église des Augustins où tous les religieux du monastère les reçurent avec l'eau bénite. La messe se commença, et après l'offertoire le père Canat', docteur de la Faculté de théologie, l'un des religieux de cette communauté, monta en chaire où il fit une prédication sur la bulle, sur les cinq propositions, et sur l'obéissance que l'on devait rendre au Saint Siège dans cette censure. Ce sermon était tout à fait convenable à la cérémonie, n*y