‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 253 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

ayant rien de plus mal pris ni de plus faiblement prouvé que tout ce que ce Père avançait, particulièrement pour faire voir que les cinq propositions étaient des erreurs que les prétendus jansénistes avaient enseignées et quant aux termes et quant au sens, et que saint Augustin n'était pas pour eux, mais seulement le faux Augustin, évêque d'Ypres.

Enfin la messe étant achevée, on mit un siège dans l'enceinte de l'autel où le recteur s'étant rendu. Après que le greffier eut fait la lecture de la constitution du pape et de la lettre de M. le nonce, il lut lui-même le formulaire du serment, le fit en son nom, et l'ayant signé, il s'assit en cette chaire où, tenant en main les saints Évangiles pour les faire toucher à chacun de ceux qui étaient présents, il reçut le serment de tous ces docteurs, officiers et suppôts de l'Université, et leur fit signer cette formule qui était à côté de lui. Chacun s'en retourna ensuite dans le même ordre qu'il était venu, le greffier portant toujours ces deux actes en forme de reliques, mais avec plus de respect que l'on ne ferait les reliques ordinaires, à cause de ce nouvel effort de zèle que faisait paraître toute cette troupe académique. Et étant arrivés à l'église des Frères Prêcheurs, ils entonnèrent un Te Deum pour achever leur triomphe.

Après toute cette ridicule cérémonie, ils dressèrent les actes et les joignirent ensemble avec un extrait du sermon du Père Canat qu'ils firent imprimer, et qu'ils envoyèrent au pape et à M. le nonce le dernier jour de janvier. Les lettres qu'ils avaient dressées pour faire la relation de cette bagarre étaient pleines d'impostures contre les prétendus jansénistes. Mais leur momerievint un peu à contre-temps, et les enluminures de l'almanach, qui commençaient à paraître quand la nouvelle de leur procession comique vint à Paris, les firent traiter avec beaucoup de mépris et d'indignation.

Un officier du présidial de Poitiers, en envoyant cette relation à M. Taignier, docteur de Paris, lui en fit une autre pour lui apprendre d'agréables particularités touchant le fameux M. Filleau. Une chaire de droit civil et canonique ayant vaqué en l'année 1623 ou 1624 dans l'université de Poitiers par la mort de M. de la Dugage, docteur régent, on en publia la nouvelle dans toutes les universités du royaume, afin que ceux qui étaient en état d'y prétendre la pus-

sent venir disputer selon la coutume. Le nommé de la Veille, que l'on disail être de Paris, y vint dans cette pensée, aussi bien que le nommé Le Grand, fils d'un docteur ès-droit de l'université d'Orléans, et le nommé Macquin, du Bas-Poitou. Le Roy et Filleau, qui étaient tous deux de Poitiers, s'y présentèrent comme les autres. La chaire ayant été adjugée au nommé Le Roy par les docteurs de Poitiers comme au plus capable, dont tous les autres ayant appelé au Parlement, ils plaidèrent tous leur propre cause en latin, et l'adjudication faite au nommé Le Roy de la chaire fut confirmée par l'arrêt que prononça M. de Verdun \ premier président. Mais avant cela, M. l'avocat général Servin leur ayant donné à tous la même loi afin qu'en la lui rendant avant que d'en venir à la plaidoirie, il pût reconnaître ce qu'ils savaient faire, il fut bientôt convaincu de l'ignorance du fameux M. Filleau, qui ne put pas lui répondre, et afin de s'en divertir il lui demanda par moquerie ce que c'était qu'àpi6[j!.YjTW(^, à quoi cet aspirant ne répondit qu'en avouant de bonne foi qu'il ne savait pas le grec. Ensuite, pour pousser encore la raillerie plus loin, il lui demanda par moquerie ce que signifiait 6e5,dansles Institutesde Justinien,etce galant homme n'ayant pu lui dire que c'était la quatrième partie d'un son, M. Servin lui dit que s'il ajoutait Ha à bes, il trouverait son propre nom bestia^ ajoutant que son père portait plus de lettres que lui parce qu'il était messager de Poitiers à Paris.

Cependant il mérita par cette fameuse procession que le P. Pérusseau, jésuite, qui prêchait tous les dimanches en leur église, fît son éloge en public. Car il s'adressa à lui pour le relever par une apostrophe ridicule, ayant le bonnet à la main et le regardant; il loua hautement son zèle et sa vertu pour la manière éclatante avec laquelle il avait fait publier cette bulle le mercredi précédent, et il témoigna que par là il avait étouffé l'erreur et donné le repos à la ville, et qu'il serait à désirer qu'il y eût partout des personnes de cette trempe.

Ce même officier apprenait aussi à \f. Taignier que le Père Février, jésuite, natif de Chinon en Touraiiie, était auteur des observations sur la lettre pastorale de M. de Sens,

1. Nicolas de Verdun, premier président du Parlement en 1611, mort en 1627. Les autres personnages nommés dans ce paragraphe sont tous d'illustres inconnus, hors de Poitiers du moins.

que le lieutenant-criminel avait exprimées dans sa sentence, et que M. Filleau lui-même n'avait pu s'empêcher de reconnaître que les vers des Enluminures étaient très bien faits, quoique les Jésuites prétendissent n'avoir point de part à Talmanach qui leur était attribué.

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