‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 259 sur 510 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Assemblée des prélats tenue à Paris le 12 de janvier. M. l'évêque d'Agen reçoit un ordre du roi pour se retirer dans son diocèse. — Nouvelles intrigues des partisans de Molina.

Les agents généraux du clergé de France ayant plusieurs affaires à communiquer aux évoques qui étaient alors à Paris, ils sollicitèrent une assemblée auprès de M. le cardinal Mazarin qui y ayant donné les mains, le roi ensuite n'y trouva rien à redire. Ils eussent bien souhaité que les prélats se fussent servis de cette occasion pour tirer d'affaire M. de Sens, qui leur était uni d'une affection particulière; mais ce n'était point là le sujet de la convocation de cette assemblée, non plus que la liberté de M. le cardinal de Retz que M. le nonce sollicitait auprès du roi avec chaleur, ni l'entreprise du chapitre de Beauvais sur l'autorité de leur évêque. Car ces trois affaires, quoique de très grande importance, ne faisaient nullement aucun des articles qu'ils avaient à proposer.

Les évêques s'étant assemblés dans le couvent des Augustins le 12 du mois de février^ on commença d'abord par des choses d'assez peu de conséquence, mais qui méritaient néanmoins la délibération du clergé. M. d'Elbène, évéque d'Agen et frère de M. l'évêque d'Orléans, étant en rang de

1 . Jacques de Montrouge, docteur de Sorbonne, aumônier et prédicateur d'Anne d'Autriche, devint évêque de Saint-Flour en 1647. 11 fut transféré au Puy en 1661, mais revint dans la suite à Saint-Flour. Il mourut en 1664.

parler, dit que MM. les agents généraux avaient eu raison de les assembler pour leur communiquer les affaires qui concernaient les fonctions et les obligations de leurs charges et les intérêts de tous les prélats qui composaient l'assemblée; mais qu'il jugeait à propos de joindre à toutes ces affaires une autre de très grande importance, qui ne concernait pas moins tout le corps du clergé de France que celle dont on venait de faire la proposition^ et qui serait honteuse à tous ces mêmes prélats s'ils la passaient sous silence dans une rencontre pareille à celle où ils se trouvaient. Il s'en expliqua et dit que c'était la détention de M. le cardinal de Retz, sur laquelle la compagnie ne pouvait pas se dispenser de députer vers le roi pour lui faire de secondes remontrances, les premières n'ayant pu rien obtenir en sa faveur; que c'était un office qui ne pouvait être désagréable à Sa Majesté, puisque ce n'était que des prières des évêques de J.-C. pour un de leurs confrères qui avait eu le malheur de tomber dans la disgrâce de son prince qui se feraient au premier de tous les rois chrétiens; que dans ces prières, ils représenteraient leurs larmes et celles de leur mère commune sur une si longue prison, et le supplieraient d'en abréger le cours en faisant travailler à son procès selon les formes canoniques; que ces secondes remontrances ne seraient qu'une suite des premières, qui avaient été reçues favorablement de Sa Majesté. Et sur cela, il supplia la compagnie d'en vouloir délibérer sur le champ, sans remettre cette proposition à une autre assemblée, vu l'importance de cette affaire.

Cette proposition surprit d'autant plus tous les évêques qu'ails ne s'y attendaient nullement, et qu'ils savaient très bien par la disposition de la cour sur cette affaire qu'ils n'auraient jamais obtenu la permission de s'assembler si on eût su qu'on eût dû mettre en délibération une affaire de cette nature. Ceux qui en furent les plus surpris remontrèrent que c'était une affaire de trop grande conséquence pour être jointe à la délibération des autres qui se traitaient; qu'il fallait la remettre à un autre jour où il y aurait un plus grand nombre de prélats, et où l'on pourrait apprendre la réponse que le roi aurait faite aux premières remontrances.Néanmoins, comme M. l'évoque d'Agen, qui avait beaucoup de présence d'esprit et de vigueur, soutint sapro-

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