LIVRE XI
position, et que ce n'était pas une affaire de longue discussion mais d'un moment, puisqu'elle tendait uniquement à faire résoudre que la compagnie fît des remontrances au roi conformes à celles qui lui avaient déjà été faites par les évêques, et qu'il ne fallait pas d'autre instruction que celle qui était d'une notoriété publique dans tout Paris, savoir que ce prélat avait satisfait à la commission dont il avait été chargé^ et que depuis ce temps- là Sa Majesté n'avait pas jugé à propos d'y déférer pour des raisons qui leur étaient inconnues, mais qui ne leur interdisaient pas de se mettre en devoir de rendre à leur confrère affligé toute l'assistance que la charité les obligeait de lui rendre dans la place où ils étaient, les évêques qui avaient voulu arrêter la délibération demeurèrent sans réplique et on commença à opiner.
Les évoques qui étaient pour la doctrine de saint Augustin jugèrent aussitôt que cette proposition les allait brouiller avec la cour, parce qu'ils ne pouvaient pas s'empêcher de parler selon que leur conscience les pressait. M. d'Agen lui-même avait bien prévu que dès qu'il aurait ouvert la bouche pour proposer cette affaire, on ne manquerait pas de calomnier la sincérité de ses intentions, et d'attribuer à l'esprit d'intrigue et de cabale ce qu'il ne faisait que par devoir et par un principe de conscience. C'est ce qui l'avait fait balancer assez longtemps avant que d'en faire l'ouverture, et il avait eu même la discrétion de n'en conférer ni avec aucun des prélats qui étaient les plus attachés aux intérêts de M. le cardinal de Retz, ni encore moins avec ceux qui soutenaient la doctrine de saint Augustin, afin qu'il n'y eût rien en son procédé qui pût le rendre suspect.
La délibération étant ouverte, MM. de Sens, de Comminges et de Beauvais, qui étaient les plus en butte à la cour à cause de leurs lettres pastorales, et contre lesquels on avait sollicité des brefs du pape, et avec eux les autres prélats qui défendaient la doctrine de saint Augustin suivirent les mouvements de leur conscience sans appréhender les mauvaises suites de cette affaire, et furent d'avis que la compagnie ne pouvait nullement refuser à M. le cardinal de Retz les offices dont M. l'évêque d'Agen venait de faire l'ouverture, et qu'il y avait lieu d'espérer de la bonté du roi qu'il ne rejetterait pas leurs remontrances. La délibération se termina à cet avis. Mais ceux qui avaient voulu d'abord
étouffer la proposition de M. d'Agen, ayant conclu aux remontrances comme les autres, trouvèrent moyen de suspendre l'effet de cet arrêté en s'opposant à ce qu'on prît un jour déterminé pour les faire, et soutinrent que c'était une affaire qui demandait plus de temps et une assemblée plus nombreuse. Cet avis fut celui de la pluralité, contre le sentiment de plusieurs autres qu'il était plus aisé de déterminer ce jour que de conclure ces remontrances.
Dans toute la délibération, il n'y eut point de modération pareille à celle de MM. de Sens et de Beauvais, et on ne dit pas un seul mot de leur affaire. On ne laissa pas néanmoins de les calomnier dans la suite, et de les accuser faussement d'avoir ménagé cet incident par forme de diversion, et d'avoir donné en cela des marques d'un profond ressentiment. On rejeta toute la haine de cette délibération sur les disciples de saint Augustin, attribuant à un effet de cabale et à un esprit de sédition une proposition qui n'avait été concertée avec personne, et qui ne pouvait l'être que par de très méchants politiques, parce qu'il n'y avait nul succès à en espérer dans la situation où les choses étaient à la cour.
La générosité de M, d'Agen lui attira un ordre du roi pour se retirer dans son diocèse. On publia faussement que l'on en avait donné un semblable à MM. de Sens, de Comminges et de Beauvais. Le cardinal Mazarin se laissa persuader par ceux qui accusèrent les disciples de saint Augustin comme auteurs de cette délibération, ce qui était achever de les perdre dans son esprit, et il ne s'en détrompa jamais.