‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 284 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

long que ceux qui avaient voulu donner des interprétations à la constitution avaient attiré l'affaire présente; que si on l'eût reçue sans glose, on ne serait pas maintenant en obligation de s'expliquer; mais que puisque les choses en étaient à ce point, il fallait en venir àTexpédient de MM. les commissaires.

« Tous MM. les évêques conclurent à remettre, jusqu'à M. de Comminges qui dit qu'il avait beaucoup de joie d'apprendre de la bouche de Son Éminence que la paix de l'Église n'était pas troublée, parce qu'on voulait faire croire partout qu'il y avait une grande division ; que puisqu'il n'y avait que quatre mandements particuliers qui fissent quelque bruit, il était raisonnable qu'il rendît compte du sien, qu'il savait n'avoir pas plu à ceux qui voulaient détruire la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, et qu'il avait été obligé de déclarer qu'elle n'avait reçu aucune atteinte, pour fermer la bouche à ceux qui disaient qu'elle était condamnée. Et qu'il avait été d'autant plus persuadé que c'était leur sentiment qu'il avait cent propositions scandaleuses, hérétiques ou téméraires tirées des livres de leur Société, qui étaient toutes injurieuses à saint Augustin, et dont la plupart avaient été condamnées par les papes et par les Facultés de théologie très célèbres; qu'il les avait ici présentes et offrait de les mettre sur le bureau pour justifier ce qu'il disait; que pour aller au devant de ce mal, qui croissait par leurs discours et par l'abus qu'ils faisaient de la constitution, il avait été obligé de parler en faveur de saint Augustin et de saint Thomas, et qu'il croyait que ce qu'il avait fait ne devait pas raisonnablement troubler l'Église; qu'il avait cru rendre un grand service au Saint-Siège en faisant voir qu'il n'avait pas condamné en ce temps ce qui était autorisé par la tradition de douze siècles, et qu'Innocent X n'avait pas été contraire au sentiment de tous les papes jusqu'à lui.

« Il dit qu'il était inouï qu'on eût en un moment prononcé sur un livre de l'importance et de la grosseur de celui de Jansénius, et que quand même on différerait jusqu'au samedi, comme MM. les prélats qui avaient opiné devant lui le voulaient, personne ne pouvait en vingt-quatre heures l'examiner, ce qui l'obligeait à rejeter l'expédient de MM. les commissaires, et à conclure que l'on s'en tînt à ce

que le pape avait dit, qu'on parlât comme lui, que s'il avait parlé clairement, l'on ne pouvait se servir d'un langage plus saint ; s'il y avait quelque obscurité, sans doute il l'avait affectée pour tenir les esprits dans l'humiliation qui est un des principaux fruits que nous devons tirer de la grandeur et de l'incompréhensibilité de la grâce de J.-C, et que son sentiment était de témoigner grand respect au pape, de renoncer aux propositions condamnées, et de ne les soutenir jamais sous quelque prétexte que ce fût. Qu'au surplus, si on estimait nécessaire d'entrer dans l'examen de la doctrine et du livre de Jansénius, qu'on le fît avec loisir et sans précipitation.

« Tous les autres opinèrent à différer, jusqu'à M. de Beauvais qui dit qu'il ne pouvait opiner sur le fond de la doctrine de Jansénius ; qu'il n'avait pas assez examiné son livre ; qu'il croyait que MM. les commissaires n'avaient pas eu charge de la compagnie de faire cet examen ; qu'il avait ouï de la bouche de M. d'Embrun que ce n'était : qu'exabundantiy ce qu'il en avait fait, et que le droit lui apprenait que quod abundat non vitiat, sed vitialur ; qu'ainsi il croyait devoir rejeter ce qui était de trop .et s'en tenir aux termes de la constitution, alléguant à peu près pour cela les mêmes raisons que M. de Comminges avait alléguées, que si le pape avait parlé clairement, ce n'était pas aux évéques à expliquer ses paroles, mais à lui-même ; et conclut à s'en tenir aux termes de la constitution.

« Tous les autres opinèrent à différer seulement jusqu'au samedi d'après, et la pluralité ayant été de cet avis, la conclusion fut que le samedi d'après on se trouverait au même lieu, à huit heures du malin, et que l'assemblée continuerait même l'après-dîner, si on n'avait pas achevé d'opiner avant midi. »

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