LIVRE XI
que le pape donnait en de semblables rencontres ne parlaient jamais si clairement qu'en condamnant toujours les propositions en général, avec ce terme de respective qui rendait les qualifications incertaines; qu'en celle-ci toutes en particulier étaient qualifiées, qu'il n'y avait aucun lieu de douter de la censure, et que puisque la seule cavillation restait sur divers sens [des] propositions, il fallait déclarer que c'était celui de Jansénius qui était proscrit, puisque la constitution condamnait ses opinions ; qu'il était périlleux de ne s'expliquer pas pour des raisons alléguées par M. de Rennes. Il s'étendit fort sur le concile de Diospolis, appuya son raisonnement d'un passage d'Aristote, et conclut comme M. d'Embrun.
« Le rapport étant achevé, et tous MM. les commissaires ayant parlé, M. le cardinal Mazarin proposa à l'assemblée d'opiner ; mais la plupart des évêques, ayant été surpris que les commissaires fussent entrés si avant en matière, et n'ayant rien à dire sur le fond des choses pour ne s'y être pas préparés, murmurèrent un peu de ce qu'on allait si avant. Après que quelques particuliers eurent parlé, comme M. de Saint-Pol qui proposa que MM. les commissaires communiquassent leur extrait, M. de Marmiesse, agent, offrit, si MM. les commissaires voulaient, de le faire imprimer afin que chacun le pût voir. Plusieurs en murmurèrent sans pouvoir s'expliquer.
« M. l'archevêque de Sens, comme premier opinant, dit qu'il se trouvait fort surpris d'avoir ouï MM. les commissaires ; qu'il croyait qu'ils avaient excédé les termes de leur commission; que lorsqu'ils furent nommés, ils eurent ■H charge d'examiner les moyens de procurer la paix à ^K l'Église. A ce mot M. de Sens fut interrompu par M. le ^■cardinal, lequel prit la parole avec chaleur et dit que la ^B paix de l'Église n'était pas fort altérée ; que tous les évêques ^B de la chrétienté avaient déféré à la condamnation de Jansé- ^B nius; qu'il ne s'en était trouvé que quatre en France qui ^R avaient paru dans des sentiments particuliers, et que cela ^B- n'était pas assez considérable pour faire dire que la paix ^B de l'Église fût troublée. M. l'archevêque de Sens ayant ^B écouté M, le cardinal sans émotion reprit son discours, et ^B dit que non seulement les commissaires avaient été nom- ^B mes pour travailler à procurer la paix de l'Église, mais aussi
pour persuader à Sa Sainteté qu'il n'y avait personne en France qui ne fût dans une parfaite soumission à sa constitution. Que pour cet effet il semblait fort superflu d'entrer en la discussion de la doctrine de Jansénius ; qu'il fallait parler comme le pape sans ajouter ou diminuer à sa constitution, et que pour mieux voir ce qui serait nécessaire de faire à ce sujet, il était d'avis de prendre un temps convenable pour y penser. Que cela était d'autant plus nécessaire que Mi\f. les commissaires avaient agi avec tant de secret qu'on n'avait pu découvrir dans le cours de leur commission ce qu'ils traitaient entre eux ; que même ils s'étaient obligés par serment de ne rien révéler à leurs confrères ; que c'était une forme bien étrange de traiter les affaires ecclésiastiques et de doctrine, de laquelle tous les évoques étant juges devaient être aussi également instruits s'il se pouvait. Que dans le concile de Trente l'entrée dans les congrégations était libre à tous les évêques, et qu'il était fort étrange qu'on voulût précipiter une affaire de cette importance sur un rapport dont on ne pouvait se souvenir presque de rien, ne l'ayant entendu qu'une fois assez succinctement.
« M. de Bourges dit qu'il estimait qu'il ne fallait pas porter la chose plus avant ; mais que son sentiment était que l'on écrivît au pape des lettres de soumission et d'obéissance, et que ceux qui avaient paru avoir des sentiments particuliers fissent publier dans leurs diocèses le mandement commun, et que défenses fussent faites partout de traiter de matières contentieuses.
« M. de Valence dit qu'il ne fallait point entrer dans l'examen du livre de Jansénius ; qu'il fallait se soumettre à la constitution, mais ne l'expliquer pas; que l'exemple d'Honorius condamné au sixième concile général nous faisait bien voir que les papes pouvaient errer, aussi bien que celui de Jean XXII, et qu'ainsi on ne devait pas s'engager si avant. Il s'étendit fort sur la corruption de plusieurs, et dit que l'intérêt en faisait agir beaucoup qui ne se souciaient pas tant d'établir la vérité que leur fortune, et après un fort long discours il conclut de même que M. de Sens.
« M. de Meaux dit qu'il était inutile de différer; qu'il était convaincu par les raisons de MM. les commissaires, et était de leur avis.
« M. de Dol, Cohon, dit avec des paroles d'un pied et demi de