‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 286 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

la paix; qu'il était aisé de voir qu'ils ne prétendaient autre chose que de favoriser les Jésuites, qui sont ennemis de la doctrine de saint Augustin et qui ne peuvent souffrir la nécessité de la grâce efficace par elle-même pour toutes les bonnes œuvres; que tous les raisonnements de M. d'Embrun ne tendaient que là, puisqu'il n'était pas question d'autre grâce que de l'efficace, les disciples de saint Augustin ne s'opposant point à d'autre grâce suffisante qu'à celle qui devient efficace par le consentement de la volonté, et répondant aisément par les principes de la doctrine de saint Augustin à toutes les objections que l'on pourrait faire contre la nécessité de la grâce efficace : que cet examen de Jansénius pour pouvoir dire que le pape avait condamné les cinq propositions au sens de cet auteur passerait toujours pour une chose chimérique et faite à plaisir jusqu'à ce qu'ils eussent marqué en particulier quel est ce sens; étant inouï que des évêques qui disent que des propositions sont condamnées au sens d'un auteur ne marquassent pas quel est ce sens auquel ils déclarent qu'ils les ont condamnées ; que les disciples de saint Augustin ne soutiennent point ces propositions en nulle manière ; qu'ils ne les ont jamais soutenues, et que ceux qui les leur ont imputées n'ont jamais pu vérifier qu'ils les eussent soutenues ni avancées, soit en public soit en particulier. Qu'ils ne soutiennent nullement la doctrine de Jansénius, sinon en tant qu'ils sont persuadés qu'il n'a point d'autre doctrine que celle de ce saint docteur, et qu'ils seront tous prêts de l'abandonner, quand on leur aura marqué en particulier la différence qu'il y aura entre l'une et l'autre. Que de croire [que] parce qu'on a l'autorité en main, et qu'on entreprend de faire passer des arrêtés qui sont contraires aux règles de l'Église, on obligera des gens doctes et savants à quitter leurs sentiments qu'ils croient être inséparables de la foi, c'est vouloir agir par violence et non pas édifier, et c'est établir dans l'Église une conduite purement humaine; qu'il valait mieux donc s'en tenir à ce qu'on avait proposé, qui était d'en demeurera la constitution, puisqu'on savait bien que c'était l'intention du pape, qui avait affecté de parler en la manière qu'il avait fait pour ôter tout lieu de dispute et laisser un chacun dans la liberté de ses opinions; que le bon traitement qu'il avait fait aux docteurs qu'on prétendait avoir été envoyés pour dé-

fendre absolument les cinq propositions était une conviction manifeste qu'il n'avait voulu simplement que condamner ces cinq propositions en elles-mêmes, parce qu'autrement, s'il avait cru qu'ils les eussent soutenues en un sens hérétique, impie, etc., ils les auraient obligés de révoquer leurs erreurs et leurs impiétés. Mais ne leur ayant dit autre chose, sinon qu'ilavaitfaitce qu'ils avaient [fait] eux-mêmes, qui était de condamner ces cinq propositions sans dire un seul mot de Jansénius, que bien loin de leur en avoir parlé, il leur avait défendu ou déclaré dès le commencement de leur arrivée à Rome, qu*il ne voulait pas qu'on parlât en nulle manière de cet auteur ; qu'il voulait seulement qu'on en demeurât à la bulle de son précédesseur, ce qu'ils avaient observé ponctuellement, n'ayant pas dit un seul mot de Jansénius tout le temps qu'ils y avaient demeuré; que c'était une chose avancée en l'air et sans aucun fondement que de dire qu'on avait examiné Jansénius dans toutes les congrégations secrètes qui s'étaient tenues avant la constitution, parce qu'un des consulteurs y avait toujours porté son Jansénius ; que les choses qui sont de fait ne se prouvaient pas de la façon ; qu'il fallait les vérifier par des circonstances qui ne peuvent être contestées, comme en celle de dire que le pape a fait des défenses expresses d'en parler, à plus forte raison d'examiner Jansénius et de dire que sa doctrine est condamnée par la sentence du pape, parce qu'autrement sa constitution serait illusoire; comme si cette constitution ne demeurait pas toujours dans sa vigueur sans cette explication et ce sens, puisqu'elle avait été faite en conséquence de cette défense de parler de Jansénius sous quelque prétexte que ce fût ; que tant s'en faut c'était en diminuer la force d'avancer que le pape a eu cette intention après une déclaration si expresse, parce qu'on pourrait dire ce qui ne pourrait se croire : ou que le pape n'a pas dit vrai quand il a fait ces défenses, ou qu'il ne savait pas que les propositions fussent de Jansénius, même plus de huit ou dix mois après que les évéques de France lui en avaient demandé la condamnation.

« La plupart des évêques à qui ils faisaient ce discours haussaientles épaules et témoignaient par un signe qu'ils ne s'engageaient dans cette affaire que comme des personnes [que l'on contraignait] d'y entrer. Tout ce que répondirent

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