LIVRE XI
quelques-uns était que MM. de Port- Royal étaient aussi trop attachés à leurs sentiments, et à faire voir qu'ils n'avaient pas été condamnés par la constitution , qu'ils n'étaient pas assez politiques; qu'ils devaient laisser dire les gens qui veulent qu'ils aient été condamnés; qu'il était du devoir de personnes qui ne sont rien dans l'Église d'acquiescer aux choses que les évéques semblent exiger d'eux. Mais après tout ils les plaignaient, étant aussi habiles qu'ils sont et qu'ils paraissent l'être par les ouvrages qu'ils publient tous les jours Et quelques remontrances que MM. de Sens et de Comminges leur aient pu faire, ils sont demeurés dans leurs sentiments, c'est-à-dire ils plaignaient ces MM. de Port-Royal, et disaient :I1 faudrait qu'ils essayassent de gagner M. le cardinal Mazarin. Mais on leur répondit qu'en fait de doctrine et de foi, lorsqu'il s'agit de la proscrire, il fallait mûrement délibérer et examiner les choses en ellesmêmes, et non pas par le rapport qu'elles ont avec les personnes qui les défendent, parce qu'il arrive ordinairement que ces personnes étant l'objet de la haine des autres étaient plutôt la principale raison du jugement qu'on rendait contre eux que non pas les choses que l'on condamnait, et qui dans le fond n'en étaient que le prétexte.
« M. de Saint-Flour s'offrit de Iravaillerauprès de quelquesuns de MM. les commissaires pour voir s'il n'y avait pas moyen de leur faire comprendre qu'ils n'agissaient pas dans les formes, et qu'on leur pourrait toujours reprocher qu'ils avaient agi dans cette affaire avec beaucoup de passion, et qu'ils pouvaient bien s'imaginer qu'il n'y aurait jamais personne au monde qui pût se persuader qu'ils avaient examiné le gros livre de Jansénius en si peu de temps, et tout ensemble les conjurer de considérer les écrits qu'on leur avait mis entre les mains, où ils trouveraient infailliblement de quoi se satisfaire, particulièrement dans celui qui était contre le Père Annat, où l'on faisait voir d'une manière invincible que les cinq propositions n'étaient pas dans le livre de l'évêque d'Ypres.
« 11 s'y employa, mais inutilement, parce qu'ils fermaient les oreilles à toutes les voies d'accommodement qu'on leur ouvrait, et ils en demeuraient à la résolution qu'ils avaient prise dans l'assemblée. Il les exhorta de vouloir travailler sérieusement au bien de la paix. Il y eut aussi quantité de
442 MÉMOIRES DE GODEFHOl HERMANT
personnes de considération qui, touchées du trouble que cette conclusion allait faire dans l'Eglise, représentèrent à quelques-uns d'eux que ce ne serait jamais fait s'ils déclaraient que le pape avait condamné les cinq propositions au sens de Jansénius, parce que les ennemis de la doctrine de ce prélat interpréteraient ce sens non expliqué à leur manière. Et comme ils ne convenaient pas tous en même sentiment, il arriverait de là qu'ils expliqueraient leur sens d'une manière toute différente selon leur caprice et leur imagination, ce qui formerait une très grande confusion dans la prétention qu'ils avaient que cette définition était en matière de foi.
« M. de Toulouse, à qui on en parla le plus, dit qu'ils empêcheraient bien cette confusion parce qu'ils avaient Tautorité de leur côté, et quelque chose que pussent dire les jansénistes touchant cette confusion, le pape, les évêques, le roi et toutes les universités sauraient les réduire dans l'ordre et les obliger à se taire.
«Le vendredi a été employé encore tout de même que le reste du jour d'hier et on n'a pas plus de progrès. Tout ce qu'on y remarque est un grand asservissement de la plupart des évêques aux volontés de M. le cardinal; et que comme ils ont vu qu'il voulait absolument que l'avis des commismissaires passât, parce qu'il l'avait soutenu contre M. de Sens en l'interrompant au commencement de son avis.
« Plusieurs évêques s'en retournèrent en leurs diocèses, et M. de Beauvais que les prélats bien intentionnés pour saint Augustin avaient*.... »