‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 299 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

docteur dont on puisse rejeter les suffrages sur les causes de récusation des autres.

Il n'y avait rien de plus frivole que ces raisons, ni qui fût moins digne de la gravité et de l'honneur d'une Faculté de théologie ; car il était constant que toutes les formes avaient été gardées dans l'assemblée du 18 août ; on y avait pris les voix de tous les" docteurs ; nul ne s'en était retiré, et tous avaient prononcé unanimement. On avait rejeté les suffrages de quelques-uns pour des causes de récusation très justes. Mais dans cette dernière assemblée, il s'y rencontrait toutes sortes de nullités:

1° La revision d'une conclusion, sous de faux allégués.

2° L'absence du doyen et du secrétaire.

3° Les suffrages de ceux qui avaient été jugés incapables de le donner, et qui l'étaient encore davantage par ce nouvel attentat.

4" Le sens malicieux qu'ils donnèrent à la thèse pour la censurer contre son sens véritable et naturel.

5" Le syndic étant suspect et ayant été privé de son suffrage, il n'avait pas dû s'y trouver, sa qualité de syndic ne le rendant nullement nécessaire pour ces sortes d'assemblées.

6° Parce qu'en toutes causes où il y a des juges, même dans celles de la foi, le droit tant civil qu'ecclésiastique veut qu'on rejette ceux dont les suffrages peuvent être suspects, ou à cause de leur passioo, ou à cause de leur ignorance.

7° Parce qu'en fait des affaires où il y a des personnes qui ont intérêt, il faut selon les règles, ou les attendre ou les appeler, et ne pas juger que lorsqu'ils sont en défaut de se présenter au jugement.

Mais pour rendre leur censure plus célèbre, ils la firent approuver par des docteurs en théologie de la Faculté de Paris, attachés pour la plupart aux Jésuites et déclarés contre la doctrine de saint Augustin; les ayant même surpris par le faux sens qu'ils avaient donné à la proposition dont il s'agissait; au lieu que s'ils eussent exposé le véritable sens et l'explication du professeur qui avait composé la thèse, il n'y aurait peut-être eu pas un de toute cette assemblée du 28 août qui eût osé condamner ainsi les opinions des thomistes sur la grâce. Néanmoins ils en firent

un grand éclat et répandirent partout cette censure irrégulière et si pleine de nullités. Ils accusèrent ces religieux si pieux et si catholiques d'être infectés de l'hérésie prétendue du jansénisme, les persécutèrent et les rendirent si odieux que le prieur fut traité depuis avec beaucoup d'indignité, quoique ce fût l'un des plus considérables, des plus éclairés et des plus vertueux docteurs de la ville et de la Faculté de Reims.

Quelques-uns des plus sages de cette Université en conçurent une si grande indignation qu'ils entreprirent sa défense, et se mirent en état de venger l'injure que les partisans de Molina lui faisaient. Ils ne le firent néanmoins qu'à l'extrémité, et malgré eux, lorsqu'ils virent que leur modération rendait plus insupportables les auteurs de cette censure, et leur donnait occasion de se vanter partout d'avoir encore une fois fouetté Gothescalc, en la personnne de ses confrères et de ses défenseurs, Ces hommes si emportés contre la doctrine de saint Augustin n'employèrent cette froide allusion que [parce] que leur Faculté, ainsi que l'on a rapporté, avait censuré un livre intitulé : Vindiciœ novœ Gothescalci veterum Palrum decretis oppositw. Ainsi ne pouvant plus garder le silence sans contribuer eux-mêmes à l'oppression de leur mère, l'un d'entre eux composa une lettre latine, sous le nom de Catacœnus, qu'il adressa à Philalèthe, oîi il représenta d'une manière très sincère et très véritable toute cette fourberie, et développa toutes ces nullités avec beaucoup de netteté et de force *.

Page 1