‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 298 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

de ce corps, savoir les sieurs Marlot' et Jean Lallemant*, qui avaient déféré cette thèse au juge séculier, sollicitassent leurs confrères de condamner cette thèse, néanmoins toute la Faculté de théologie s'étant assemblée le 28 du mois d'août 1653, déclara du consentement unanime de tous ses docteurs qu'après avoir entendu l'explication du sens de la conclusion entière de la thèse dont était question, qui portait qu'elle n'avait point été proposée ni entendue de cette sorte de nécessité qui domine la volonté, mais [de] celle que la volonté s'impose à elle-même en se déterminant à produire son action dont elle demeurait toujours maîtresse, elle fut approuvée sur le champ par tous les docteurs, sans qu'aucun ne réclamât contre cette délibération.

Mais quoique ce mauvais succès les eût dû rendre plus retenus, il ne servit qu'à les porter à faire de nouveaux efforts pour ruiner une conclusion si équitable. Ils cabalèrent tout le long du mois de septembre, intimidèrent les uns, firent des promesses aux autres pour les obliger à un nouvel examen de cette thèse. Les plus sages, et entre autres M. Mogis» doyen de leur Faculté, qui leur devait être vénérable par la considération de sa science et du long temps qu'il avait passé dans la profession d'enseigner la théologie, leur remontraient qu'on ne pouvait pas retouchera cette conclusion sans déshonorer la Faculté et la rendre ridicule à tout le monde; mais ces remontrances n'avaient pas d'autre effet que de les irriter davantage ; et voyant qu'ils ne pouvaient réussir dans leur dessein par une assemblée ordinaire et régulière, ils cherchèrent les moyens d'en faire une par faction, dans laquelle ils envelopperaient les plus équitables et les obligeraient de s'absenter.

Après qu'ils eurent disposé toutes choses pour cet effet, ils formèrent leur assemblée le 27 du mois de septembre pour le nouvel examen de cette thèse, et afin de se fortifier

\. Dom Guillaume Marlot, docteur en théologie, prieur de Safnt-Nicaise de Reims et historien de cette ville, est mort en 1667. — Cette note est due, ainsi que les suivantes, à l'obligeance de M. Henri Jadart, le savant bibliothécaire de la ville de Reims.

2. Jean Lallemant, docteur en théologie, grand maître du collège de Reims, professeur et syndic de la Faculté de théologie, grand vicaire de Léonor d'Etarapes, archevêque de Reims, est mort en 1666.

3. Ce personnage est appelé précédemment : Mogisse ; on ne sait rien de lui, sinon qu'il se nommait Pierre, et qu'il était doyen en 1653.

par le nombre des partisans, ils y firent trouver ceux qui avaient été très justement récusés par le prieur de l'abbaye de Saint-Denis, l'un des docteurs de cette Faculté, savoir le sieur Marlot, et le sieur Roland*, chanoine régulier de cette même abbaye, du nombre des non réformés, qui par son aversion publique contre la réforme était suspect à ceux qui en avaient fait profession.

M. Mogis, voyant cette faction, qui allait à la destruction entière de la liberté de sa Faculté, aima mieux s'absenter de l'assemblée que d'être contraint de conclure contre sa propre conscience, contre son intention et contre les règles. Cette même raison empêcha aussi le sieur Duchemin, secrétaire de la Faculté, de s'y trouver. Les conducteurs de cette intrigue firent proposer la thèse par celui-là même qui avait été rejeté sur les causes de récusation du Père prieur des Réformés de Saint-Denis, dans l'assemblée du 28 d'août, et sur le rapport des commissaires tous suspects et récusables, ils censurèrent la thèse.

Dès que les Jésuites eurent obtenu cette censure, ils la portèrent en triomphe avec la condamnation que M. Thurot', officiai, avait aussi faite en son particulier de la même thèse, et qui portait tant de marques de nullité toutes visibles que ceux qui étaient tant soit peu instruits des affaires de cette Faculté n'avaient pas de peine à couvrir de confusion ceux qui la voulaient faire valoir.

Ceux qui avaient fabriqué cette censure afin d'y mieux réussir supposèrent des nullités dans la conclusion du mois d'août. Ils dirent qu'elle avait été faite sans syndic ; que du nombre de plus de vingt-quatre docteurs qui assistaient à cette assemblée, il n'y en avait eu que dix qui avaient donné leur suffrage, tous les autres s'étant retirés à cause de l'importance de Faffaire, et qu'ils soutenaient qu'il fallait prendre plus de temps pour l'examiner ; que le prieur de Saint-Denis avait empêché que quelques docteurs ne fussent admis dans cette assemblée pour y dire leur avis, et que, quand il s'agit de quelque matière de foi, il n'y a point de

1. Le docteur Roland et « le sieur » Duchemin, dont il sera parlé quelques lignes plus bas, n'ont pas laissé de traces dans l'histoire.

2. Jacques Thuret, docteur en droit, chanoine et écolâtredu chapitre métropolitain, vicaire-général du cardinal Barberini, archevêque de Reims, est mort en 1670.

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