‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 301 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

'année 1650, en récompense de ce qu'il avait procuré avec tant de zèle la publication de sa constitution dans les Pays- Bas, et pour rendre grâces à Dieu de ce qu'elle avait eu son effet, le pape trouva bon de satisfaire aux vœux de cette Altesse, et le jubilé fut ouvert dans Anvers et dans Valenciennes; ce qui donna occasion au consul de Bruxelles de se plaindre à l'internonce de cette préférence inouïe jusqu'alors, la ville de Bruxelles ayant accoutumé de recevoir la première les grâces du Saint Siège qui sont générales à tous les Pays-Bas; sur quoi l'internonce lui déclara que le pape en avait usé ainsi pour de bonnes raisons, parce que M. l'archevêque de Matines n'avait pas rendu à Sa Sainteté l'obéissance qu'il devait au Souverain Pontife de l'Église. Mais que si M. de Matines voulait s'accommoder à ce qu'il lui proposerait, il espérait que le pape se rendrait favorable aux prières des bourgeois de Bruxelles; que néanmoins il ne prétendait pas répondre du succès de ces expédients. Après cela il dressa quelques articles qu'il envoya à ce consul par son secrétaire, pour être présentés à cet archevêque^ et voici ce qu'ils contenaient :

4° Qu'il se défît de M. l'archiprêtre Vanderlinden'.

2» Qu'il fît [sortir] le curé de Fine-terre de la paroisse qu il gouvernait en qualité de pasteur.

3° Qu'il déposât le directeur des religieuses de Sainte- Elisabeth.

4° Qu'il choisît de nouveaux examinateurs pour entendre les confessions.

5° Qu'il cassât le mandement qu'il avait fait depuis peu de temps, par lequel il ordonnait de lui déférer ceux qui entendaient les confessions sans être approuvés de lui.

6'' Qu'il confirmât M. Speck en sa charge de doyen de Saint-Pierre de Louvain.

1" Qu'il publiât une lettre circulaire en son nom telle que lui, M. l'internonce, l'avait dressée.

8° Qu'il n'établît aucun janséniste dans les cures de son diocèse.

Les huit articles de cette nouvelle inquisition ayant été présentés à M. l'archevêque de Malines, il en rejeta sept

1. Josse Vanderlinden, supérieur de l'Oratoire de Flandre, était archiprêtre de Bruxelles et chanoine de Saint-Rumold, de Malines. Il mourut en 1684.

460 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

comme étant déraisonnables, et n'ayant pu lui être proposés qu'avec beaucoup de présomption; et pour répondre à celui de la lettre circulaire que l'internonce voulait exiger de lui, il lui envoya par ce consul un projet de lettre circulaire dans laquelle il ordonnait simplement la publication de la constitution d'Innocent X, et ajoutait à la fin qu'il avait cette confiance que nul n'aurait la témérité de s'opposer à cette publication, étant persuadé que Sa Sainteté n'avait voulu faire aucun préjudice à la doctrine de saint Augustin, qui avait été approuvée de tout temps par le Saint Siège.

L'internonce ayant rejeté ce projet comme contraire à ses desseins en dressa un autre qu'il eut soin de faire rendre à ce prélat par ce même consul entremetteur, et qui était tout à fait conforme aux inclinations des Jésuites, dont le but était de faire adorer leurs raisonnements et canoniser leurs nouveautés, sous prétexte de faire exécuter la nouvelle constitution.

1" Il y déclarait en termes formels que les cinq propositions étaient dans le livre de Jansénius dans les mêmes termes qu'elles sont conçues et qu'elles avaient été condamnées.

2° Il y faisait mention d'un certain serment qu'il voulait que les archiprêtres, les doyens des églises et les curés fissent non seulement entre les mains de leur archevêque, mais aussi entre les siennes.

3° Que pour la clause qui concernait l'autorité de saint Augustin, il la fallait laisser à la sagesse du Saint Père, et qu'ainsi il n'en fallait nullement parler dans cette lettre circulaire.

L'archevêque de' Matines ayant reçu ce nouveau projet répondit qu'il ne voulait ni ne pouvait satisfaire en ce point au désir de M. l'internonce, déclarant qu'il attendrait avec patience tout ce qu'il plairait au Saint Père de juger et d'ordonner contre lui, et qu'il s'y exposait très volontiers plutôt que d'accepter des conditions si injustes et si contraires aux règles de TÉglise.

On mandait que les deux ecclésiastiques dont ce ministre du pape demandait l'éloignement étaient deux prêtres de l'Oratoire qui n'avaient attiré sur eux l'indignation des Jésuites que par l'amour qu'ils avaient pour la vérité, et

LTVRE XI 461

que ce troisième n'avait encouru leur aversion que parce qu'il avait empêché un jésuite de publier la bulle dans le couvent des religieuses de Sainte-Elisabeth, soutenant qu'il n'avait ni puissance ni commission pour cet effet, et que quand il faudrait la publier,, ce serait à lui directeur de ces filles que cette commission appartiendrait, pourvu qu'il en eût reçu Tordre de M. l'archevêque de Malines, de qui ces religieuses dépendaient.

Voilà de quelle manière l'internonce et les Jésuites tâchaient d'avancer les prétentions de la cour de Rome, sous prétexte de l'adresse d'un jubilé, et qu'ils abusaient de la dévotion des peuples pour accabler un archevêque, en le rendant le ministre aveugle de toutes leurs volontés et l'exécuteur de leurs imaginations et de leurs songes.

On mandait aussi de ce pays que l'on y parlait toujours de donner un suffragant à M. l'archevêque de Malines, et que Tanimosité des Jésuites contre M. dTpres était si grande que l'un des plus célèbres d'entre eux avait dit depuis peu qu'il eût mieux aimé mourir entre les bras d'une prostituée que d'approuver la doctrine de cet évêque; parole infâme et qui ne méritait d'être sortie que de la bouche d'un de ces Pères.

Page 1