LIVRE XI
îhapeau à ce dernier. Mais le pape se contenta de lui laisser ;eulement les trois mille cinq cents écus qu'il tirait de deux [abbayes.
La première application du cardinal Albizzy fut d'empêcher par son crédit que le pape ne vît les Enluminures qui étaient fort estimées à Rome, particulièrement après que ceux qui connaissaient les finesses de notre langue y eurent fait une sérieuse réflexion. Les Jésuites en étaient si indignés qu'ils- désavouaient leur Almanach comme n'y ayant point eu de part, quoique M. le cardinal Spada en eût reçu un par leurs soins. Ils ne pouvaient aussi souffrir que M. l'évêque [de Lodève] eût entretenu Sa Sainteté des sentiments qu'il avait pour saint Augustin, et qu'il eût mandé en France le résultat de leur conversation sur ce sujet.
Mais M. Rallier, qui prenait un soin particulier de maintenir dans cette cour la réputation de ses armes, avait fait valoir par ses lettres et par ses intrigues la nomination d'un professeur royal et d'un prieur en Sorbonne selon son gré et celui des défenseurs de Molina. Les fauteurs de ce docteur de Sorbonne publiaient partout qu'à sa sollicitation le pape allait faire deux bulles, l'une pour censurer toutes les lettres pastorales et les ordonnances de Messeigneurs les évéques qu'on lui avait déférées; et l'autre pour expliquer son intention sur sa constitution en déclarant qu'il avait condamné les cinq propositions dans le sens de Jansénius. On ne manquait pas de dire aussi qu'il y avait une grande mésintelligence entre nos évéques de France, et on ne doutait pas qu'elle ne dût causer une grande brouillerie, n'y ayant que l'union entre eux qui fût capable de faire leur force et de les rendre invincibles. On attendait aussi le succès de l'afTaire de M. de Sens comme un événement décisif de toute l'afTaire, et l'on faisait un fort grand état de ce qu'on avait mandé de France que le Père Annat avait déjà confessé le roi une fois, car en considérant qu'étant devenu confesseur ordinaire de Sa Majesté dans le temps que M. Albizzy avait été élevé au cardinalat, l'intrigue des Jésuites allait être toute-puissante dans les deux cours de France et de Rome. Aussi les Pères ne se promettaient-ils rien moins qu'une censure de tous les livres en général et en particulier qui avaient été faits pour la défense de la doctrine de saint Augustin.
Au milieu de tous ces sujets de joie, ils reçurent une petite mortification par le bref que le pape écrivit à M. l'évêque de Tulle, où il lui mandait , que Notre-Seigneur avait mis ses paroles dans sa bouche, afin que les fidèles sussent les sentiments de l'Eglise catholique touchant cinq propositions controversées qui semblaient être tirées des livres de Cornélius Jansénius. Car le fait de ges propositions était fort suspendu par l'expression de Sa Sainteté. Aussi il est constant qu'avant que le pape eût reçu aucune nouvelle des desseins de M. le cardinal Mazarln touchant l'assemblée des évoques et la résolution qui s*y prendrait, Sa Sainteté était dans le dessein tout formé de ne rien faire au delà de sa constitution et de ne s'expliquer jamais sur le fait de Jansénius. Les mandements et les ordonnances des évéques qui avaient fait des exceptions à sabuUe, et la lettre même que les évoques de l'assemblée du mois de juillet lui avaient écrite à cause de la clause des jugements des causes majeures en première instance, lui avaient fait prendre le parti de ne pas s'engager plus avant. Ce fut vraisemblablement ce qui lui fit donner le dernier bref peu agréable aux Jésuites. Mais M. de Marca augmenta la hardiesse de Sa Sainteté par les intrigues qu'il fît dans l'assemblée du Louvre pour faire dire par les évoques plus que le pape n'avait fait dans sa constitution, et le mit en état de s'assurer que tout ce qu'il ferait dans cette affaire serait embrassé par la cour de France et exécuté par le plus grand nombre de nos évêques.