‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 308 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

condamnées, car il ne jugeait point à propos d'en demeurer en si beau chemin, et était d'avis de donner tout d*un coup pour règle la doctrine de Molina, ou quelque chose de semblable, comme un dogme établi [par] la constitution.

Ce fut par ce seul motif que l'on distribua d'abord un grand placard où étaient les propositions extraites du livre de M. d'Ypres, et qui n'avait été fait que pour détruire le feuillet volant où l'on en avait tiré du livre de ce prélat cinq autres tout à fait contraires à celles qui avaient été censurées. Il avait fort vanté cet écrit parce qu'il s'en servit pour ruiner la doctrine de saint Augustin et en faire recevoir une contraire ; il s'était vanté que ce ne serait pas l'ouvrage d'un jésuite. Mais il fut tout honteux quand il le vit tomber de lui-même. Le libraire de qui on en avait eu quelques exemplaires, le rapport qu'il avait avec le livre du Père Annat, et l'estime que ses confrères en avaient faite par avance firent juger que c'était l'ouvrage d'un jésuite. Leurs amis en firent tant de bruit qu'ils le supprimèrent dès qu'il commença à paraître, et l'on ne sut ce qu'il était devenu. Mais on ne peut mieux juger du mépris qu'ils en avaient fait eux-mêmes que parle mépris que M. d'Embrun en avait fait, puisque s'il eût été considérable il s'en serait plutôt servi dans un rapport que du mémoire sur lequel il lut les citations des endroits où il voulait trouver les propositions condamnées, et il aurait été plus sûr que le sien. Aussi M. Cornet, qui était meilleur politique que ces hommes si emportés, n'approuvait point toutes ces sortes d'écrits, disant qu'ils ruinaient plus d'affaires qu'ils n'en établissaient, et sa morale consistait à laisser faire les évêques par cette considération, parce qu'un seul coup d'autorité faisait plus que tous les livres des Jésuites ensemble. Mais ces Pères n'étaient pas de son avis et s'opiniâtraient à composer des écrits qui ne leur réussissaient nullement, sans en excepter ceux du Père Annat, quoique les évêques l'eussent fort considéré dans la nécessité où cette affaire les avait réduits.

M. de Vence, qui n'avait pas assisté aux assemblées, mandait à un de ses amis, en ce temps-là, qu'il trouvait les écrits forts beaux, mais que les choses, selon qu'il l'apprenait, n'étaient point en état ni d'être examinées par les raisons, ni jugées par la vérité; qu'il ne pouvait assez s'é-

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tonner de la conduite de ses confrères en cette occasion, et que, quoi qu'ils fissent contre la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, ce seraient des coups en l'air, lesquels au fond ne feraient point de mal. 11 demandait qui leur avait donné Tautorité de prononcer sur des points de si grande importance ; s'ils étaient assemblés en concile, si l'on gardait les formes ecclésiastiques, si l'on appelait les personnes intéressées. Que pour lui, s'ils faisaient quelque chose qui les blessât mortellement, il savait bien comment il devait agir, et espérait que Dieu lui ferait la grâce de défendre toujours la vérité qu'il lui avait fait connaître.

Les plus sages ne pouvaient s'empêcher de rire et de témoigner en même temps leur indignation. C'était que de tous les évêques qui avaient jugé, il n'y en avait pas un qui pût coter les endroits du livre de Jansénius d'où les cinq propositions avaient été extraites, si on en exceptait ceux qui en avaient cité quelques-uns en leur manière, c'est-àdire ceux où ces lieux {sic) n'étaient ni théologiquement, ni doctrinalement, ni équivalemment ; mais d'où Ton pouvait tirer plutôt des propositions toutes contraires.

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