LIVRE XI
^H foudres devaient tomber si la vigueur éclairée de quelques ^Bévéques comme lui n'empêchait l'effet de cette cabale qui ^■faisait armes de tout pour venir à son but. Il lui demandait ^^B quelle plus grande déférence on pouvait rendre au Saint Siège que de suivre sa constitution selon sa teneur, et quel besoin il y avait de déclarer un sens des paroles qu'elle contenait autrement que Sa Sainteté ne l'avait déclaré ; si ce n'était pas une entreprise sous prétexte de zèle, et s'il n'était pas plus juste que le pape s'expliquât lui-même, si Ton jugeait qu'il en fût besoin. Il le priait de le croire et d'y penser mûrement, puisqu'il y allait de sa conscience et de l'honneur de lui à qui il écrivait ; qu'il ne voyait pas d'autre avantage que d'être abîmé dans un tas de Pères qui n'ayant, rien de juges que la qualité, auraient dans leur conduite tous les motifs imaginables, hormis celui qui en devait être la règle ; qu'il était au-dessus du commun, qui ne savait que par les autres ; que la France avait peu de prélats qui lui ressemblassent, et que câ qui le rendrait inexcusable et qui l'affligerait beaucoup, lui qui écrivait cette lettre, si celui à qui il l'adressait ne paraissait en ceci avec l'éclat et le succès qu'il liii désirait, c'était qu'il ne tiendrait qu'à lui, ayant tout ce qu'il fallait pour ménager les intérêts de la vérité, qui le pouvaient être facilement en renvoyant toutes ces questions à saint Augustin, comme avaient fait tant de papes, de Pères et de conciles ; qu'il fît réflexion sur son caractère ; qu'il fît abstraction de la cour; qu'il vît comme avaient agi ces grands évêques des siècles passés; qu'il examinât la conduite de saint Hilaire; qu'enfin il s'élevât au-dessus des choses temporelles ; qu'il considérât la déférence que l'Église avait rendue à saint Augustin depuis tant d'années dans ces matières; et qu'il jugeât si une assemblée d'évêques qui se trouvent à la cour par hasard devait et pouvait, dans une matière si délicate, passer les bornes que le pape même s'était prescrites ; et pour conclure, qu'il se souvînt que Dieu lui ferait rendre compte de ses talents, de son administration et des âmes qui ne seraient pas bien éclairées par sa faute. Qu'il lui demandait pardon, mais qu'il lui parlerait toujours en véritable ami.
Un autre mandait avec admiration, le 9"^^ de ce mois, que les assemblées étaient finies avant qu'on eût dit un
seul mot du bref contre M. de Sens et M. de Comminges; que cependant ils avaient donné les mains à tout ce qui s'y était fait, que c'était un tour de M. le cardinal Mazarin qui avait voulu que l'affaire de ce bref demeurât en tout son entier, et qu'il n'y eût rien autre chose, sinon que M. de Sens avait écrit au pape; que ces prélats étaient demeurés dans le même embarras où ils étaient et duquel ils avaient cru se délivrer en consentant à ce dessein de l'assemblée ; qu'une période dans la lettre au pape en leur faveur les tirerait de cette peine en les mettant à couvert de tout ce qui pouvait venir de son côté ; mais que le cardinal Mazarin, qui ne voulait rien perdre de ses avantages, avait conservé celui qu'il se persuadait que ce bref lui donnait.
On observait par une autre lettre du môme jour, que M. d'Embrun et les commissaires n'avaient inventé leur nouvelle subtilité pour trouver les propositions dans Jansénius que parce qu'ils avaient vu d'une part la feuille qu'on avait fait courir des propositions contraires tirées du livre de M. d'Ypres aux cinq propositions censurées, et que de l'autre la réponse au Père Annat leur avait fait ouvrir les yeux et leur avait fait mettre dans leur rapport qu'elles se trouvaient dans ce livre théologiquement [et] éminemment, car ils voulaient suivre d'abord ce que le Père Annat avait écrit, qu'elles s'y trouvaient en mêmes termes et en autant de mots précis qui les composaient ; mais ayant reconnu cette bévue par ce secours qu'on leur avait donné, ils quittèrent aussitôt ce dessein, aussi bien comme de déclarer qu'elles fussent équivalentes aux propositions du livre de ce prélat, parce qu'ils prévirent qu'on leur eût objecté qu'on avait donc dû mettre ces équivalentes en la place des cinq supposées et les faire condamner. Ainsi ils s'attachèrent à cette faible et insoutenable subtilité qu'elles y étaient théologiquement [et] éminemment, et se tirèrent par ce moyen de ce mauvais pas, mais ce ne fut que pour se jeter dans un bourbier.
M. de Chartres était plus hardi et voulait aller plus loin que les autres commissaires. Car comme il disait que l'assemblée ne faisait rien dans l'affaire dont il s'agissait, si elle n'établissait des dogmes contraires à ces erreurs condamnées, il voulait dans le premier projet de sa lettre insérer les cinq propositions contraires aux cinq erreurs