LIVRE XI
gustin et aux autres Pères des conciles de Carthage et de Milève, ces grands défenseurs de la grâce de J.-C, arrivait encore alors ; qu'ils se promettaient, mais en vain, après que le pape Innocent I eut anathématisé et condamné un certain livre duquel Pélagius était l'auteur, que les Pélagiens n'oseraient plus troubler les consciences des fidèles chrétiens en publiant leurs mauvais et pernicieux sentiments touchant la grâce, et qu'à l'avenir ils céderaient à l'autorité d'un si grand pape ; qu'ils avaient aussi espéré que ceux qui aimaient et suivaient les opinions de Jansénius, évêque d'Ypres, cesseraient d'exciter des troubles après qu'Innocent X avait frappé d'anathème les cinq propositions de cet auteur, et que l'Église jouirait d'une parfaite tranquillité, puisque par son autorité il avait commandé aux vents de s'arrêter. Mais qu'il était arrivé entièrement le contraire de ce qu'ils attendaient, et qu'ils ne pouvaient assez s'étonner qu'après que le saint Père Innocent X avait condamné les cinq propositions par une constitution très équitable et très simple, avec des termes très clairs et très exprès, que ces personnes osassent assurer et tâchassent de persuader aux autres deux choses qui n'avaient aucun fondement : la première que les propositions ne sont pasde Jansénius, la seconde qu'elles ont été condamnées en un sens qui n'appartient en rien à Jansénius. Qu'en effet, il ne pouvait y avoir rien de plus étrange que de vouloir soutenir une chose qui n'avait pas besoin pour être réfutée ni de plusieurs raisons, ni d'aucune recherche soit médiocre ou légère ; mais de la seule lecture de la constitution du pape, laquelle décidait nettement toute cette dispute. Que quoique toutes ces choses fussent de telle nature que plusieurs pussent se persuader qu'elles tomberaient d'ellesmêmes, et par conséquent qu'elles devaient être entièrement méprisées, toutefois, eux qui reconnaissaient qu'elles servaient d'achoppement à quelques ignorants et infirmes, et qui étaient obligés par le devoir que leur imposaient leurs charges d'ôter tous les scandales du royaume de Dieu, ils avaient jugé à propos de prévenir ces maux et d'empêcher de bonne heure que le venin qui attaquait déjà quelques personnes ne se répandît davantage, et qu'afin de le faire avec plus d'exactitude et avec la gravité et l'autorité requises, eux, cardinaux, archevêques et évêques qui étaient
en la ville capitale de leur royaume pour les intérêts de leurs églises s'étant assemblés, avaient été d'avis de commettre cette affaire à la diligence de leurs frères les illustrissimes et révérendissimes archevêques de Tours, d'Embrun, de Rouen, de Toulouse, des évéques d'Autun, de Rennes, deMontauban et de Chartres, afin qu'ils leur fissent ensuite le rapport de ce qu'ils auraient remarqué et de l'avis qu'ils auraient formé. Que ces prélats avaient reconnu très clairement par la lecture de la constitution, et encore par celle des livres de Jansénius qu'ils avaient soigneusement lus et examinés pour ce qui regardait les cinq propositions (quoique la constitution seule pût décider cette question), que ces propositions étaient vraiment de Jansénius, et qu'elles étaient condamnées au propre sens de leurs paroles, qui était celui-là même auquel cet auteur les enseignait et les expliquait; que cela leur ayant été rapporté par eux lorsqu'ils étaient derechef assemblés pour ce sujet, après qu'ils avaient eux-mêmes examinée! reconnu clairement la chose, ils avaient déclaré et déclaraient, par leur présent jugement, qu'elle était tout à fait comme ils l'avaient rapportée, et que cela ne pouvait être mis en doute ; et par conséquent que ceux qui soutenaient ou approuvaient les cinq propositions étaient du nombre de ceux qu'Innocent X appelait, dans sa constitution, contredisants et rebelles, et contre lesquels il ordonnait aux patriarches, archevêques et évêques de procéder par censures et autres peines qui sont ordonnées par le droit contre les hérétiques et leurs fauteurs, et par toutes les voies convenables de droit et de fait, implorant même contre eux, s'il en est besoin, le secours du bras séculier. Ce qu'ils étaient résolus de faire, autant qu'il était en leur pouvoir,et priaient leurs très chers et très religieux frères, les évêques du clergé de France qui ne s'étaient pas trouvés dans cette assemblée, de le faire de leur côté, afin que de cette sorte ils eussent tous des sentiments semblables en J.-C. ; qu'ils glorifiassent d'une même bouche et d'un môme esprit Dieu et le Père de N. S. J.-C. ; qu'ils édifiassent l'Église de Dieu et que, par ce moyen, ils procurassant leur salut et celui des personnes qui les écoutaient, que Dieu avait commises à leur conduite ». Cette lettre était souscrite en la môme manière que la précédente.