LIVRE XI
Les agents généraux du clergé, en les envoyant à chaque évêque dans les provinces, leur exposaient que, comme les véritables affaires du clergé étaient celles qui regardaient la paix et l'unité de l'Eglise, ils avaient cru qu'ils ne sauraient jamais mieux agir selon Tesprit et le devoir de leurs charges qu'en contribuant de tout ce qui dépendrait de leurs soins et de leurs services pour ôter les prétextes que l'on avait pris de publier que nosseigneurs les prélats étaient partagés dans leurs sentiments touchant certaines choses qui regardaient la constitution de Sa Sainteté sur les cinq propositions condamnées, sans qu'il y eût néanmoins aucun fondement véritable de le croire, tous étant demeurés très unis en cette rencontre, et par la sincérité des intentions, et par la correspondance de leurs soins communs à en procurer la publication avec l'exécution dans leurs diocèses, et que c'était ce qui leur avait donné lieu de faire à Paris plusieurs assemblées où nosseigneurs les évoques avec monseigneur le cardinal Mazarin s'étaient trouvés en grand nombre, et de leur proposer de prendre les plus propres et les plus convenables moyens pour éclaircirles difficultés qui fondaient ces bruits, en établissant par une déclaration publique de leur créance commune l'uniformité de leurs sentiments sur cette matière; que tous les points qui les concernaient avaient été solidement agités en plusieurs séances, que Dieu avait versé l'esprit de sa bénédiction sur l'œuvre de leur conduite ; qu'ils trouveraient leurs sages résolutions dans les lettres circulaires qu'ils leur envoyaient de leur part, où ils verraient qu'ils avaient cru ne pouvoir choisir un expédient plus mesuré au dessein d'établir une parfaite union, qu'en convenant du sens auquel la constitution de Sa Sainteté se devait entendre ; qu'ils ne leur diraient pas le détail de ce qui s'était passé dans les dix conférences que messeigneurs les commissaires avaient faites sur ce sujet pour former l'avis qu'ils avaient porté, lequel après un nouveau et sérieux examen de la matière avait été embrassé dans les assemblées suivantes, où le zèle et la sagesse de Son Éminence,avec la profonde érudition des prélats qui les avaient composées avaient éclaté fortement ; qu'ils se contenteraient de lui dire que toutes choses s'y étaient passées d'une manière qui serait digne des plus célèbres conciles, et qui leur donnaient sujet en leur particu-
lier de remercier Dieu des occasions importantes que sa Providence suscitait durant le temps de la charge que l'évêque auquel ils écrivaient leur avait commise, dans laquelle ils avaient lieu, en rendant leurs services à l'Église, de lui rendre sensible l'obéissance qu'ils lui avaient consacrée. Cette lettre des agents, datée du 28 avril, était le digne couronnement de l'assemblée du Louvre, et on ne la peut lire encore présentement sans gémir par la considération de l'esprit de servitude et de flatterie qui était répandu dans la plupart des membres du clergé de France.