LIVRE XI
taient mal, à ce qu'ils disaient, cette constitution, ne se répandît et n'infectât les esprits avant qu'on pût avoir réponse du pape pour savoir son intention, ils déclaraient et définissaient avec autorité ce que le pape avait voulu dire : Nos in hac civitcUe congregati, etc.
III. Que ces prélats défendaient les termes nouveaux de la constitution d'Innocent X dont on ne se mettait pas fort en peine, et qu'ils ne disaient rien pour justifier la censure du sens de Jansénius, en quoi consistait toute la difficulté ; qu'ils se gardaient même de dire quel était ce sens, quoiqu'ils tâchassent depuis à dire qu'ils l'avaient fort examiné, se contentant de dire que le pape avait condamné les cinq propositions dans le véritable sens de Jansénius.
Que la règle de la foi ne consistait pas dans de simples paroles, mais dans des paroles déterminées à un certain sens qui devait être connu de ceux auxquels on la proposait ; que cependant cette règle de foi que ces évéques disaient être expliquée et confirmée en cette constitution n'était connue de personne; que le pape ne l'expliquait pas dans sa bulle, ni les prélats qui l'avaient glosée.
On fit aussi dans ce temps-là même de solides réflexions sur la lettre que les évêques avaient écrite le même jour aux prélats de ce royaume. On dit :
I. Qu'il n'y avait rien de [plus] ridicule que la prétention de ces évêques qui s'imaginaient qu'ils persuaderaient aux fidèles qu'ils imitaient parfaitement en toute cette affaire les évêques d'Afrique, qui après avoir découvert les erreurs des Pélagiens et les avoir condamnées avec beaucoup de lumière en procurèrent encore la condamnation des papes Innocent I et Zosime. Qu'il ne fallait que comparer exactement tous les pas des uns et des autres pour découvrir la vanité de cette prétention.
II. Qu'il était à observer que, dans le dessein qu'avaient ces prélats de faire voir qu'ils suivaient les vestiges de ces grands défenseurs de la grâce dans la déférence qu'ils rendaient au pape, ils représentaient un discours en lettre[s] italique[s] comme de saint Augustin, qui ne se trouvait point dans les lieux cités en marge, quoiqu'il fût vrai qu'il y avait quelques paroles de saint Augustin en ces mêmes lieux qui avaient rapport à celles-ci, puisque le sens était tout autre ; qu'à la vérité;, saint Augustin disait dans le premier de ces
endroits, tiré de l'épître 92 : Arbitramur, adjuvante misericordia Domini Dei nostri Jesu Christi^ qui te (parlant à Innocent I) et regere consultantem et orantem exaudire dignatw\ auctoritati sanctitatis tuœ, de sanctarum scripturarum auctoritate depromptœ, facilius eos qui tam perversa et tam perniciosa sentiunt esse cessuros. Qu'il y avait bien de la différence entre ce que disait saint Augustin et ce que ces évéques lui faisaient dire ; que ces termes : Auctoritati sanctitatis tuœ, ne signifient pas dans le texte de saint Augustin ce qu'ils avaient voulu exprimer dans leurs lettres : Tanti prœsulis auctoritati, puisqu'il était évident par la suite du texte de saint Augustin que ce terme auctoritas, en ce lieu comme en une infinité d'autres, signifiait un rescrit, une lettre, un discours, auquel ces Pères disaient que les Pélagiens céderaient, parce qu'ils s'assuraient qu'il y confirmerait puissamment la doctrine catholique par des lieux et par des autorités tirées des Écritures Saintes dans lesquelles ils supposaient que ce pape était très versé, d'où vient qu'ils ajoutaient : de sanctarum scripturarum auctoritate depromptde.
Que dans répitre 95 : Anathematizet ergo Peiagius scripta sua ubi contra eam, etc., ces paroles ont un sens fort différent de celui que les évêques de l'assemblée du Louvre voulaient faire entendre, comme il serait évident à ceux qui prendraient la peine de confronter ce texte avec le discours de cette épître compris en caractères italiques.
III. Que ces termes : Post œquissimam sanctissimamque Constitutionem illam tenaient de la flatterie et seraient jugés peu véritables de tous ceux qui examineraient sans préoccupation tout le procédé d'Innocent X dans cette affaire, particulièrement s'ils comparaient sa constitution avec les rescrits d'Innocent I et de Gélestin sur le sujet des Pélagiens.
IV. Que si ce que les évêques disaient était véritable, savoir qu'il ne fallait que lire la constitution d'Innocent X pour reconnaître qu'il avait voulu condamner les cinq propositions dans le propre sens de Jansénius; qu'il s'y était expliqué dans des termes très clairs et très exprès; qu'elle pouvait décider elle seule la question; et enfin qu'elle la décidait nettement, pourquoi donc tenir tant d'assemblées? Pourquoi nommer des commissaires pour lire Jansénius?