CHAPITRE XXVIU
Lettre de Messieurs de Sens, de Valence, de Comminges et de Beauvais
au pape.
Il s'était passé tant de choses irrégulières dans l'assemblée du Louvre, et on commençait à en faire un si mauvais usage pour insulter à la doctrine de saint Augustin comme à une opinion ruinée, que les prélats qui l'avaient défendue contre la conspiration d'un très grand nombre de leurs confrères emportés par les mouvements de la cour crurent devoir en leur particulier informer le pape de la manière dont les choses s'y étaient passées, et des protestations qu'ils y avaient faites. MM. de Sens, de Valence, et de Comminges, qui étaient encore à Paris, exécutèrent ce dessein, par une lettre qu'ils adressèrent à Sa Sainteté, et quoique M. de Beauvais fût retourné en son diocèse dès le 28 de mars, ainsi que l'on a rapporté, M. de Comminges ne laissa pas de la signer en son nom par le pouvoir qu'il lui en avait donné.
Ils représentaient par cette lettre que quelques perturbateurs delà paix de l'Église et ennemis déclarés de l'ordre et de la dignité des évéques, comme ayant reçu un grand avantage par une nouvelle victoire, voulaient censurer l'obéissance qu'ils avaient rendue à la foi et leur zèle pour le Saint-Siège apostolique, sous prétexte de ce que dans l'assemblée tenue depuis peu à Paris dans le palais royal du Louvre, ils avaient résisté avec quelques autres évéques, quoiqu'avec une grande modération d'esprit, à l'opinion de
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plusieurs de leurs confrères au sujet des questions qui s'étaient élevées touchant les divers sens que l'on donnait à la nouvelle constitution de Sa Sainteté, et qu'ils avaient protesté publiquement avec liberté de ne pas souscrire aux lettres qui leur seraient adressées de la part de l'assemblée, n'eût été qu'ils eussent appréhendé que cette conduite n'eût fait naître parmi eux quelque sorte de division et de schisme; que pour réfuter par de solides raisons les faibles raisonnements de ces personnes, ils exposeraient à Sa Sainteté ce qui s'était passé dans cette affaire, et en même temps lui découvriraient les plus secrets replis de leurs cœurs, ne voulant pas lui rien cacher de leurs sentiments et de leur doctrine ni de leur conduite dans les affaires de l'Église, y étant étroitement obligés par la considération de leur devoir et par celle de la religion de leur serment, qui les avait engagés, lorsqu'ils l'avaient fait très sincèrement pendant leur sacre, à rendre à Sa Sainteté une parfaite obéissance ; que comme il avait condamné d'impiété et d*hérésie cinq propositions touchant la grâce et le libre arbitre qui avaient été une matière de contestation et de dispute à l'occasion du livre de Cornélius Jansénius, évéque d'Ypres, intitulé Augustinus, et qui lui avaient été présentées, aussi ils les détestaient, et s'attachaient et obéissaient à Sa Sainteté sans aucun détour de paroles. Et afin que cela fût visible à tout le monde, et pour fermer la bouche à tous ceux qui médisaient d'eux pour ce sujet, ils avaient voulu en donner un certificat authentiqueparun acte public qu'ilsenvoyaient à Sa Sainteté. Mais qu'ils avaient été persuadés qu'il ne leur était point permis de rien ajouter ou diminuer à son décret ; mais que comme il ne leur était pas visible et évident, ni par la teneur de sa constitution, ni par diverses lettres que Sa Sainteté avait écrites sur ce sujet au chapitre de Poitiers ou à plusieurs évêques, leurs confrères, que ces propositions concernassent tellement Jansénius qu'il parût que Sa Sainteté les eût condamnées selon le sens de cet auteur, et qu'en même temps que les uns disaient que ces cinq articles avaient été censurés comme contenant la doctrine de Jansénius, les autres soutenaient au contraire qu'ils ne l'avaient été qu'en eux-mêmes et dans le sens hérétique selon lequel on les conçoit, et qui est tout à fait éloigné du livre et de l'intention de Jansénius,