LIVRE XI
dit clergé, lui a dit et déclaré, comme depuis la publication qu'il a faite dans son diocèse de la constitution de notre Saint Père le pape Innocent X, portant condamnation des cinq propositions y contenues, et ce conformément à la résolution qui fut prise en l'assemblée de messeigneurs les prélats qui se trouvèrent assemblés, le 15 du mois de juillet dernier ; ensuite de la dite publication, plusieurs personnes y auraient semé dans le dit diocèse diverses interprétations, et mis en avant diverses propositions injurieuses à la doctrine de saint Augustin et aux définitions du troisième concile de Valence, tâchant par ce moyen de ruiner ou corrompre la pureté de la doctrine de la grâce efficace par elle-même. Pour à quoi remédier, étant du devoir de mon dit seigneur de soutenir l'autorité tant de la doctrine de saint Augustin, que celle du dit concile de Valence^ duquel comme évêque du lieu il est en particulière obligation d'y faire observer religieusement la tradition contre ceux qui la voudraient attaquer, il aurait représenté ce que dessus dans la dernière assemblée de nos dits seigneurs les prélats, qui a été tenue au Louvre le 28 du mois de mars dernier, en laquelle aurait été délibéré et conclu que la résolution qui y fut prise en la pluralité des voix serait envoyée à Sa Sainteté, auquel effet il a été convoqué une autre assemblée à ce jourd'hui, en même lieu à deux heures de relevée, pour signer la lettre. Mais d'autant que mon dit seigneur porta les mêmes sentiments que divers autres prélats qui demandèrent acte de leurs décrets en la susdite présente assemblée, auxquels il a adhéré, requiert le dit sieur de Villars au dit nom lui octroyer note de ce qu'il a adhéré aux réquisitions des dits prélats, afin qu'il puisse faire savoir à tous ses diocésains que la dite constitution ni la résolution prise en la susdite assemblée du 28 mars dernier ne donnent aucune atteinte à la doctrine de ce grand docteur de l'Église, ni à la tradition du concile de Valence touchant la grâce efficace par elle-même. De laquelle présente déclaration, faite par le dit seigneur évêque, en la présence du dit sieur de Villars au dit nom, à ce qu'il n'en ignore, icelui seigneur évêque a requis et demandé acte aux dits notaires qui lui ont octroyé le présent pour lui servir et valoir en temps et lieu ce que de raison ; et dont a été laissé copie au dit sieur de Villars. Ce fut fait
et passé en la maison où icelui sieur de Villars est logé à Saint-Germain des Prés, lès Paris, rue Neuve Saint-Lambert, le neuvième jour d'avril, l'an 1654, environ les huit heures du matin ; et ont signé. Ainsi signé, Leberon évêque de Valence et de jDie, et abbé de Villars^ agent-secrétaire de la dite assemblée ; et plus bas, Charles et Muret notaires, »
Quant à M. i'évêque de Beauvais, qui s'était retiré dans son diocèse, M. de Comminges, suivant la commission qu'il en avait de lui, signa pour lui le 17 avril la lettre de l'assemblée au pape, à condition que cette signature ne pût préjudicier à la doctrine de saint Augustin touchant la grâce efficace par elle-même, la prédestination et le libre arbitre; et le même abbé de Villars lui en donna acte du même jour.
Il se servit aussi du pouvoir que le même évêque de Beauvais lui avait donné par une lettre écrite de sa main, de signer celle que MM. de Sens, de Valence et lui écrivaient au pape, et les notaires Nourrit et Caffart lui en donnèrent acte le 28 d'avril.
C'étaient de faibles efforts et presque les derniers soupirs de la liberté ecclésiastique à demi-mourante ; et ces quatre évêques tâchaient par là de se distinguer du reste de leurs confrères qui se laissaient entraîner par l'impétuosité du torrent; mais ceux qui rappelaient en leur mémoire la générosité des Athanase et des Hilaire pour la défense de la doctrine de l'Église gémissaient en voyant qu'il fallait user de tant de précautions pour rendre quelque sorte de témoignage à la vérité, et se servir de moyens entièrement inconnus dans les premiers siècles de l'Église.