LIVRE XI
établi une parfaite paix dans son diocèse, il a supplié la compagnie de trouver bon que, pour s'y entretenir, il leur demandât acte de la déclaration qu'il fait; pendant qu'il plaira à Dieu de lui donner le gouvernement de son diocèse, il n'entend et ne peut souffrir que la doctrine de ce grand docteur de la grâce y ait moins d'autorité qu'elle y a eu sous ses prédécesseurs, ou que la déférence qu'il veut rendre à l'assemblée en souscrivant pour la paix de TEglise aux lettres qui seront écrites à Sa Sainteté et aux prélats du royaume puisse servir aux mêmes esprits qui l'avaient obligé de la défendre pour dire ou prétendre qu'il l'a abandonnée, ou consenti à aucune chose qui la puisse blesser directement ou indirectement; et de tout ce que dessus, il a demandé acte à l'assemblée, pour s'en servir ainsi qu'il appartiendra par raison. Lequel acte lui a été accordé par moi, secrétaire delà dite assemblée, le 28 avril 1654. — Signé Tabbé de Villars^ secrétaire de la dite assemblée. »
La protestation que M. de Comminges envoyait au pape avec la lettre des trois autres évêques était conçue en ces termes dans le même procès- verbal du clergé :
« Monseigneur de Comminges a dit qu'il croyait devoir représenter à la compagnie que, lorsqu'il publia la constitution de notre Saint Père le pape, il fut obligé de déclarer en son synode que la doctrine de saint Augustin et celle de saint Thomas n'avaient reçu aucune atteinte par la censure de Sa Sainteté, parce que quelques théologiens opposés à ces deux grands docteurs commençaient à abuser de sa constitution pour ruiner leurs sentiments et décréditer leur doctrine ; ce qui apportait grande confusion et troublait les consciences de plusieurs, et qu'il avait raison de craindre que ces mêmes esprits n'abusassent encore de la résolution présente de l'assemblée pour venir à bout de leur dessein; et qu'ainsi il prévoyait qu'il serait obligé de s'expliquer de nouveau sur ce même sujet. C'est pourquoi il suppliait très humblement la compagnie de trouver bon qu'il déclarât qu'en se soumettant, comme il a déjà fait, à la constitution du pape avec tous messeigneurs ses confrères, et souscrivant à la résolution qui a passé à la pluralité des voix pour ne s'éloigner ni du respect qu'il doit à l'assemblée, ni de l'esprit d'union et de paix qui doit être inviolable dans l'Église, il ne pouvait néanmoins s'empêcher, pour le besoin particu-
lier de ses diocésains, de leur faire connaître que ni la condamnation des cinq propositions portée par la constitution, ni la résolution présente de l'assemblée ne diminuent l'autorité de saint Augustin et ne préjudicient point à sa doctrine sur la matière de la grâce, de la prédestination, et du franc-arbitre, laquelle doit être inviolable, non seulement comme étant établie par la tradition constante de douze siècles, mais encore par l'autorité que lui ont donnée tant de conciles et de papes qui Font regardée comme la doctrine de l'Église romaine, c'est-à-dire de l'Église catholique et universelle; et qu'ayant été suivie par saint Thomas, la théologie de ce docteur angélique demeure aussi dans son entier. Et de tout ce que dessus a demandé acte à l'assemblée pour s'en servir ainsi qu'il appartiendra par raison, qui lui a été accordé par moi secrétaire, etc. »
M. Tarchevêque de Sens et M. l'évêque de Comminges ne se contentèrent pas d'une seule protestation; ils en firent encore une seconde le 25 avril de la même année, et l'assemblée l'inséra dans son procès-verbal. Voici ce qu'elle contenait.
« Monseigneur l'archevêque de Sens, a dit qu'il avait été averti que etc.* ».
M. l'évêque de Valence avait déjà demandé des actes dès le neuvième jour d'avril ; mais il s'était adressé à des notaires pour les obtenir en présence de M. l'abbé de Villars, secrétaire de l'assemblée. Il les joignit avec les autres prélats à la lettre qu'il écrivait au pape. Voici comment il les avait fait concevoir :
« Pardevant les garde-notes du roi notre sire en son Châtelet de Paris soussignés, fut présent en sa personne monseigneur l'illustrissime Charles-Jacques de Leberon*, évêque de Valence et de Die, lequel ayant la présence de messire Henri de Villars, conseiller du roi en ses conseils, agent général du clergé de France et secrétaire de l'assemblée du
Ix Note marginale : M. Dapia : Histoire ecclésiastique du xvii» siècle^ t. Il, p. 321.
La citatioa est au ms., elle se termine par ces mots : « Et Me' de Comminges a dit et en a aussi demandé acte qui lui a été pareillement accordé (voir E. Dupin) ».
2. Charles-Jacques de Gelas de Leberon (1592-1654) était évêque de Valence depuis 1624.