LIVRE XI
ceux qui en avaient besoin et qui avaient recours à eux; ce qui était ruiner entièrement l'autorité des pasteurs immédiats établis de J.-C, ruiner l'ordre des paroisses, qui ne peuvent recevoir d'atteinte par celui des religieux, et renverser celui de l'Eglise.
Un emportement si surprenant causa un très grand scandale dans tout l'auditoire et fut écouté avec beaucoup d'indignation par tous ceux qui, ayant de l'amour pour la hiérarchie, ne pouvaient souffrir sans murmure que l'on entreprît de rompre si publiquement cette chaîne et cette subordination sainte qui lie les peuples à leurs curés et à leurs évéques, qu'ils honorent comme leurs souverains pasteurs. M. Mazure, curé de cette paroisse, en fut sensiblement touché, et en conservant toujours l'esprit de douceur et de charité, il n'omit rien de sa part pour faire comprendre à ce Père la faute qu'il avait faite; et en le portant à la réparer, il lui représenta l'obligation qu'il avait de déclarer qu'il n'avait nullement voulu troubler les paroisses ni donner aucune occasion aux peuples de se soustraire de la conduite de leurs pasteurs, et il le porta à reconnaître que les privilèges ne pouvaient nullement préjudicier à l'établissement que J.-C. avait fait dans son Église, et ne servaient qu'à mettre les réguliers en état d'être appelés par leurs curés selon les besoins qu'ils pourraient avoir de leur assistance, ce qu'ils ne pouvaient faire, n'étant point de la hiérarchie, que par la permission du pape et des évêques, qui leur est donnée par leurs privilèges. Mais ce Père demeura ferme dans ce qu'il avait prêché, et fit entendre qu'il n'avait rien avancé qui ne fût conforme à la vérité et à l'usage de l'Église dont le pape était le chef comme vicaire de J.-C, et qui pouvait en cette qualité disposer de l'ordre extérieur de l'Église comme il lui plaisait, et selon les besoins qu'il connaissait qu'elle en avait.
M. le curé de Saint-Paul voyant une si mauvaise disposition en la personne de ce jésuite, il fit ce qu'il put pour le fléchir par sa modération; mais comme le scandale était public et tendait au déshonneur du ministère de J.-C, il crut qu'il était de son devoir de monter lui-même en chaire pour réfuter une proposition si insoutenable, et faire voir au peuple qui était sous sa conduite qu'on l'abusait par ces sortes de discours. Mais pour ne rien faire avec précipitation
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dans une affaire de cette importance, il attendit quatre ou cinq jours avant que d'ouvrir la bouche pour effacer cette mauvaise impression, et demeura en silence jusqu'au samedi saint, qui était un jour auquel il devait parler à son peuple des dispositions nécessaires pour ressusciter avec J.-G.
Il le fît même ce jour-là sans témoigner qu'il eût dessein d'invectiver contre ce Père, et ayant tourné avec beaucoup d'adresse l'endroit qui avait excité ce scandale, il adoucit autant qu'il put la proposition du jésuite, et le traita avec toute la douceur et la condescendance que les plus passionnés de sa compagnie auraient pu désirer d'un homme sage qui explique la vérité dans toute son étendue pour l'établissement du droit de sa cause, sans y mêler des termes durs et odieux.
Cette modération, qui devait servir de modèle au Père de Lingendes pour l'imiter dans le sermon qu'il fit le lendemain, jour de la résurrection de Notre Seigneur, qui est un mystère de réconciliation et de paix, ne servit qu'à l'irriter davantage et à faire qu'il s'emportât avec plus de passion et de chaleur que dans sa première prédication. Car il ne se contenta pas d'y attaquer les curés, mais il entreprit les évêques, et avança en termes plus clairs qu'il n'avait fait que l'autorité des évêques était intransmissible à leurs successeurs, et par conséquent les évêques qui étaient les seuls intéressés dans cette succession n'avaient point d'autorité qui eût aucun rapport à celle des apôtres, ce qui était se déclarer ouvertement contre la créance de toute l'Église, et particulièrement du saint Concile de Trente, qui les appelle leurs successeurs, comme en effet ils ont succédé à ces divins hommes, queJ.-C. a choisis pour servir de fondement à l'édifice de son Église.
Le dessein que ce jésuite avait de fortifier sa proposition et de s'affermir dans son opiniâtreté lui fit avancer cette erreur afin de faire voir que comme toute l'autorité des apôtres était renfermée dans celle de saint Pierre qui était leur chef, et qu'il n'y avait que la personne du pape en qui elle fût transmissible, les évêques n'ayant point d'autre autorité que celle qu'ils puisaient immédiatement de la puissance du Souverain Pontife, tous leurs efforts étaient inutiles quand ils voulaient empêcher le cours des privilèges