‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 346 sur 510 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Suppression d'une satire très outrageuse contre les disciples de saint Augustin. Les Jésuites publient un écrit intitulé : Ars et disciplina janseniana.

Les disciples de saint Augustin ayant obtenu du cardinal Mazarin de publier quelques écrits qu'ils avaient fait imprimer en forme d'instructions et de factums pendant l'assemblée du Louvre, ils eurent tant de respect [pour la parole] qu'ils avaient donnée d'en demeurer là que ceux d*entre eux qui avaient le talent d'écrire gardèrent un religieux silence dès que ces délibérations furent terminées ; quoiqu'ils eussent été traités d'hérétiques et de factieux par le Père Annat et par les autres jésuites qui avaient obtenu des privilèges pour les déchirer par des libelles.

Mais leurs adversaires, qui n'étaient pas capables de cette modération, crurent que les satires n'avaient jamais été plus de saison pour eux, et ils en firent imprimer une si sanglante que ceux de leurs amis qui en firent la lecture en conçurent une plus grande indignation, qu'ils n'avaient fait de V Étrille du Père Le Moine, et leur remontrèrent l'intérêt qu'ils avaient de supprimer un ouvrage si scandaleux, qui ne serait pas même supportable s'il était fait contre les plus infâmes payens et les plus détestables hérétiques. Mais comme ils leur représentèrent sans aucun succès cette raison, ils employèrent des personnes d'autorité pour en avertir, non M. le chancelier qui ne leur refusait jamais de privilège, mais le cardinal Mazarin même, et ils le trouvèrent assez équitable pour exiger des Jésuites la même retenue que les disciples de saint Augustin gardaient si exactement dans le temps môme qu'on les déchirait d'une manière si outrageuse. Non seulement il manda ces Pères pour leur imposer silence; mais il envoya même chez l'imprimeur lui faire la même défense de la part du roi.

Un ordre si exprès ne suffit pas pour réprimer les Jésuites, qui ne se rebutent jamais des difficultés qu'ils trouvent à l'exécution de leurs vengeances. Ils employèrent tous leurs autres amis les plus passionnés pour faire lever des défenses si judicieuses, et après avoir dit, comme ils avaient déjà

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