‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 347 sur 510 · LIVRE xii · texte numérisé non relu

LIVRE xii

fait, que les prétendus jansénistes étaient les ennemis déclarés contre l'Église et pires que Luther et que Calvin, ils dirent qu'il n'était nullement à propos d'épargner des personnes qui cabalaient contre l'État en faveur de M. le cardinal de Retz.

La conjoncture leur était assez favorable pour faire valoir cette calomnie. Car le pape venait de déclarer qu'il n'accepterait la démission de ce cardinal qu'après que le roi l'aurait mis eu liberté pendant six mois, et quoique l'on ne pût avec la moindre couleur attribuer cette disposition aux disciples de saint Augustin, non seulement à cause de leur petit nombre incapable de former aucun parti de cette nature, mais aussi parce qu'ils étaient hors d'état d'avoir aucune liaison avec M. le nonce, qui était le chef de cette intrigue; néanmoins ceux qui n'étaient pas amis de M. le cardinal Mazarin ne laissaient pas de faire avertir le pape qu'il y avait un grand parti dans Paris pour le rétablissement de l'archevêque, et les lettres que M. de Lodève avait écrites touchant la disposition de Sa Sainteté sur le sujet des cinq propositions et de Tautorité de saint Augustin étaient capables de donner quelque sorte d'apparence aux calomnies des Jésuites quand ils comprenaient les prétendus jansénistes dans cette négociation secrète.

Il était même arrivé une circonstance particulière qui contribua beaucoup à rendre cette imposture plausible en quelque manière. Car on avait affiché en plusieurs carrefours de la paroisse de Saint-Paul des billets exécrables et séditieux qui portaient ces mots : Louis, chef de l'église gallicane, archevêque de Paris et curé de Saint-Paul. Mais cet artifice avait paru si grossier et tellement insoutenable par le soin qu'avaient pris ceux sur qui cette imposture diabolique pouvait tomber d'arracher ces billets avec un zèle incroyable, que Dieu, par une miséricorde toute particulière, avait empêché qu'on ne s'en servît pour opprimer des innocents. M. le cardinal Mazarin n'en avait fait nul état, et se souvenant de la retenue que les disciples de saint Augustin avait eue de ne composer aucun libelle pendant les brouilleries de Paris, quelque puissante sollicitation qu'on leur eût faite de s'y engager, il n'avait trouvé nulle vraisemblance dans l'accusation que Ton pouvait faire contre eux d'avoir été les auteurs de ces infâmes billets. Ainsi

quoique les Jésuites n'eussent épargné aucun de leurs amis pour obtenir de la cour la permission de publier leur satire, et que l'intrigue qu'ils avaient faite pour cela auprès de la reine et du premier ministre eût duré fort longtemps, néanmoins ce cardinal, demeurant ferme dans sa première résolution, dissipa cette tempête, et dit au Père Annat et aux autres que le refus qu'il leur faisait tendait à épargner de la honte à leur compagnie, et qu'il serait malséant que les autres gardant leur parole, ils eussent le privilège de ne pas tenir la leur.

Mais ce que ces Pères ne purent faire ni par eux-mêmes ni par leurs amis, ils le firent exécuter par le sieur Sandricourt, avec lequel ils avaient une liaison particulière, tant par sa demeure que par les entretiens continuels qu'il avait avec eux. Ils l'obligèrent de publier un poème satirique en vers hexamètres latins qu'ils intitulèrent : Ai^s et disciplina janseniana, qui était un recueil des plus horribles médisances, des injures les plus atroces et des plus noires calomnies dont leurs livres avaient été remplis jusqu'à ce temps-là, ou plutôt la pièce même qu'on les venait d'obliger de supprimer, mais mise à l'envers par une nouvelle forme.

Cet auteur commençait par dire que ceux qu'il appelait jansénistes étaient huguenots et charentonistes, ou leurs proches voisins; que c'étaient des grenouilles du lac de Genève, et qu'ils devaient s'estimer heureux de ce qu'on les laissait vivre. Et afin d'avoir droit de les comparer à des grenouilles, ils se comparaient eux-mêmes à un gros bœuf bien gras.

M. Duhamel, curé de Saint-Merry, était l'objet particulier de leurs invectives; ils le dépeignaient comme un homme qui avait la corde au col et qui méritait d'être étranglé, attribuant sa charité envers les pauvres à un intérêt bas et sordide.

Ils en usaient de même à l'égard de Port-Royal au sujet du testament de M. de Chavigny, quoique dans le fond il n'en eût pas profité d'un quart d'écu.

Ils faisaient un crime à M. Le Maître d'avoir autrefois été avocat, et l'accusaient de lire l'Écriture sainte avec trop de soin. **

Ils feignaient même un arrêt du Parlement qui menaçait les prétendus jansénistes de Téchafaud ou de la potence,

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