‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 36 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

traignant ceux qui la soutiennent d'avoir beaucoup d'indignes sentiments de sa toute puissance, de sa volonté, de ses promesses, de sa prédestination, de sa providence, de de la profondeur de ses jugements.

8° Que par cette doctrine on condamme saint Augustin d'erreur et d'hérésie dans les principaux points de la grâce de Dieu, et qu'en le condamnant on rétablit le Pélagianisme; les anathématismes* de l'Église ne frappant qu'indirectement Luther et Calvin ; on commet les papes les uns avec les autres; on accuse plusieurs d'entre eux aussi bien que les conciles, les Pères et la congrégation De auxiliis, d'avoir trahi la cause de l'Église ; on assujettit toute l'Église à Terreur et à la correction, et la foi au temps; on ôte au concile de Trente son autorité; on renverse la tradition; on augmente les forces des hérétiques, et on leur prépare le chemin pour renverser entièrement l'Église romaine.

Dès le mois d'octobre 1652, le P. Mulard, cordelier, avait distribué à Rome un écrit du P. Annat sur les cinq propositions, les molinistes le firent imprimer à Paris chez les Cramoisy, le 26janvier, sous ce titre : Informatio de quinque propositionibus quas episcopi Galliœ romano pontifici ad censuram obiulere, Auctore P. Annat.

Le 18 de mars, ils publièrent la Lettre d'un abbé à M. Arnauld.

Un ministre de Zurich voulut aussi se mêler de cette affaire et prononça le 30 avril un discours : de causa Jansenistica, dont il y a de grands extraits à la fin de la Naissance du Jansénisme publiée par les partisans de Molina en 1654.

Le 9^^ d'avril, M. de Ghâlons en Champagne renouvela une ancienne ordonnance qu'il avait faite contre toutes sortes de sermons contentieux, et il employa toute sa vigilance pour la faire exécuter.

La mémoire de feu M. l'évêque de Belley, qui avait été noircie par la chronique scandaleuse de dom Pierre de Saint-Romuald et vigoureusement vengée par la censure que M. l'archevêque de Paris fit de ce libelle, reçut encore un nouvel éclat par l'Oraison funèbre que messire Antoine Godeau prononça en son honneur le 17™® jour de mai de cette année dans l'église de l'hôpital des Incurables, en pré-

\. Synonyme archaïque de Anathèmes.

sence des cardinaux, archevêques et évêques qui se trouvèrent alors à Paris. C'était pour l'anniversaire de ce prélat, qui s'était fait enterrer sans pompe, mais dont on fit le bout de l'an avec plus de magnificence.

M. de Vence parlant de la manière dont il se disposa à la mort dit qu'il choisit pour son directeur en ce grand passage un docte et vertueux ecclésiastique qui faisait les fonctions curiales dans cet hôpital avec autant de suffisance que de charité ; qu'il y avait deux ans qu'il se confessait à lui, et que ce choix fait par un prélat si éclairé, si pieux et si amoureux de la vérité et de l'unité de l'Église était un grand éloge de la doctrine et de la vertu du confesseur. C'étaif M. de la Haye, très digne ecclésiastique, contre lequel on fit une si furieuse cabale depuis la mort de M. l'évêque de Belley que l'envie et la calomnie le firent enfin chasser des Incurables, où il avait vécu longtemps d'une manière très édifiante et très exemplaire.

Le P. Zacharie* de Lisieux, capucin, publia en ce tempslà un livre latin intitulé Seculi genius, aussi indigne de sa profession que le caractère en est bizarre. La description qu'il y fait de Port-Royal comme d'un lieu plein de visions, où Ton vivait dans la mollesse et dans les délices faisait voir qu'il n'en avait jamais vu la carte, et que la peinture qu'il en fait est elle-même une pure vision.

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