LIVRE XTI
^pie voulait ni obstacle ni embarras dans le cours de son triomphe.
Aussi on mandait de là le 2' jour de mai qu'il ne fallait pas s*étonner du décret de Tlnquisition contre la lettre pastorale de M. de Sens et contre l'ordonnance de M. de Comminges, parce que les ministres du pape estimaient que leur protestation était presque leur ordonnance même; qu'ils voulaient que les évêques se soumissent à leurs décisions afin de conserver l'autorité du Saint-Siège et de ne diminuer en rien la gloire de leur conduite; qu'encore que cette protestation eût été approuvée par toute l'assemblée du Louvre, qui leur en avait accordé l'acte sans faire la moindre difficulté, néanmoins on n'y avait eu nul égard au delà des monts, où l'on agissait sur des maximes différentes de celles des évêques de France; et que chacun avait sa fin à laquelle les uns et les autres tendaient en même temps de leur côté; que cette protestation ayant été faite ensuite de leur signature, elle passait dans l'esprit de ceux de la cour de Rome pour un acte qui ruinait cette signature et qui mettait leur lettre et leur ordonnance à couvert ; mais surtout qu'elle ruinait le bref qui venait d'être publié contre l'une et l'autre; que les évêques de France prendraient cette censure comme il leur plairait; mais qu'il y avait bien de l'apparence que la chose en demeurerait à ce décret, et qu'il serait la consommation de toutes les procédures sur ce point. Cette même lettre ajoutait que le pape avait résolu de décider l'affaire de la Conception contre les Dominicains, ce qui serait une grande décision après un si long temps, et que le décret de l'Inquisition pour la censure de tant de livres avait été affiché le 27 d'avril.
Une autre lettre du 11 du même mois contenait le jugement que les plus sages de Rome avaient fait tant du décret de l'Inquisition que de l'assemblée du Louvre, qu'ils savaient en avoir été la cause. Ils croyaient pouvoir inférer de la censure des ordonnances de ces deux prélats qui y était contenue que les ministres du pape méprisaient tout ce qui avait été résolu dans cette assemblée, puisque n'ayant été tenue que pour tirer ces deux évêques de l'embarras où le bref du pape les mettait et les garantir de toute censure, on n'avait pas laissé de publier ce décret contre
toutes les promesses qu'on leur avait faites du contraire; que ce décret étant de l'Inquisition élait sans doute la marque d'un très grand mépris des évêques d'un clergé aussi considérable que l'était celui de France. Que les Jésuites faisaient assez connaître par le triomphe qu'ils en faisaient que la chose n'en demeurerait pas là, et qu'elle serait poussée bien plus avant dans l'apparence qu'il y avait que cette conduite si irrégulière et si contraire aux lois du royaume et de Téglise de France serait fortement appuyée; ce qui faisait voir que les disciples de saint Augustin n'étaient pas encore au bout de leurs maux, et que M. Albizzi leur ferait ressentir plus que jamais le crédit qu'il avait chez le pape ; qu'après ce qui s'était passé dans les assemblées du Louvre, où les évêques les plus engagés dans la défense de saint Augustin s'étaient rendus à tout ce que l'on avait exigé d'eux, il n'y avait rien qui ne dût faire trembler ceux qui soutenaient cette doctrine dans Rome.
On apprit aussi ce qui s'était passé à Rome durant l'assemblée qui s'était tenue pour l'élection du général des Carmes. Le Père lecteur en théologie des Carmes du couvent de Paris s'y était signalé au-dessus des autres en disputant pour le molinisme contre la doctrine de saint Augustin, qui était soutenue en quelques points par le répondant et par le président des Carmes ; car il s'y emporta d'une manière qui ne pouvait être approuvée des assistants, non pas même de M. le cardinal Barberin, qui se ménageait en toutes rencontres, quelquMntéressé qu'il fût dans le fond de cette affaire par la bulle d'Urbain VIII, son oncle, par la part qu'il y avait eue, et par ce qui se passait dans le tribunal de l'Inquisition. Son Éminence ne put dissimuler par son action qu'il désapprouvait la chaleur de ce lecteur et applaudissait aux réponses du président, qui parlait en homme sage et modéré. Que ce cardinal, sans ouvrir, la bouche et par ses seuls gestes extérieurs, avait assez témoigné combien les emportements des Jésuites sur les suites de la constitution lui paraissaient déraisonnables, puisque ces Pères se voulaient même rendre redoutables à leurs propres prolecteurs, aux pieds desquele. ils devaient être continuellement abaissés.