‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 363 sur 510 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

esprit l'opinion désavantageuse que l'on lui en avait fait

concevoir. Ils ne gagnèrent rien par leur entremise, sinon

que M. de Lyon leur dit qu'il tenait ce Père pour un très

habile homme, pour un très excellent prédicateur, et d'une

foi orthodoxe, et que même il le chérissait; mais que

comme il préférait à toutes choses le calme de son église, il

voulait absolument un autre supérieur que lui. Quoiqu'ils

l'assurassent qu'il serait plutôt en état d'y entretenir la paix

ue de la troubler, il demeura inébranlable dans sa pre-

ière résolution, et le Père Général de l'Oratoire fut obligé

algré lui de lui accorder l'effet de cette demande.

Pendant que ces choses se passaient à Lyon au mois de

juin. Dieu appela à lui M.l'évêque de Valence, dans une

maison de campagne appelée le Mesnil, à quatre lieues de

■Paris, où il était allé prendre l'air pour se préparer à son retour en son diocèse^ qui était un voyage fort pénible pour îlin prélat de son âge, accablé d'infirmités, et particulièretalent tourmenté de la goutte. M. l'abbé de La Lane, qui était le maître de la maison, ayant appris que ses maux étaient augmentés, l'alla voir pour apprendre par ses propes yeux le danger où on lui avait mandé qu'il était, et après l'avoir fait voir par des médecins de Paris, il sut d'eux que sa maladie était mortelle et qu'il pourrait être surpris.

Cet abbé, qui outre le respect qu'il portait à sa dignité;, vait une tendresse particulière pour sa personne, ne diféra point de l'avertir que l'état de sa maladie l'obligeait à disposer promptement de ses affaires et pour le spirituel et pour le temporel, et lui remontra que comme il était l'un des Pères de l'Eglise qui représentaient ici-bas J.-C, il devait commencer par s'unira lui dans les sacrés mystères de notre religion et le recevoir en viatique. M. de Valence reçut cet avis avec beaucoup de reconnaissance et d'amitié, et à l'heure même il fit à cet abbé une confession de ses péchés et se disposa à la sainte communion qu'il fît avec de grands sentiments de foi, de pénitence et d'une piété exemplaire. Il disposa ensuite de ses affaires temporelles. Mais entre autres choses il fut sensiblement touché des deux évêchés qu'il possédait, jouissant en même temps de celui de Valence et de celui de Die ; car le roi les avait unis en sa personne par la connaissance qu'il avait du grand nombre des huguenots en ce pays-là, et avait cru qu'un seul

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évêque pouvait suffire pour conduire le peu de catholiques qui s'y étaient conservés. Mais comme ce prélat reconnut que le jugement de Dieu est fort différent de celui des hommes, et qu'il arrive souvent que ce qui paraît à leurs yeux une espèce de nécessité ne l'est nullement devant lui, il disposa d'une somme particulière, qu'il sépara de tout le reste de son bien, pour l'appliquer aux besoins de l'Église de Die et pour contribuer à son rétablissement autant qu'il jugea le devoir faire par proportion au revenu qu'il en avait tiré ; et quoiqu'il n'eût pas attendu l'extrémité de sa vie pour procurer cette union, néanmoins les efforts qu'il avait faits pour l'obtenir ne l'assurant pas contre la crainte des jugements de Dieu, auxquels il se voyait sur le point de comparaître, il voulut, pour satisfaire à l'Église et à sa propre conscience, destiner cette somme à ce saint usage, et choisit M. Tabbé de la Lane même pour exécuter sa dernière volonté.

Après cette disposition, l'oppression de sa poitrine, qui était augmentée par le transport de ses gouttes, lui ôta la vie, Dieu n'ayant pas permis qu'il exécutât avant que de mourir le dessein qu'il avait de fermer la bouche aux huguenots de son diocèse, qui publiaient que la doctrine de de saint Augustin avait été condamnée par la constitution du pape et par l'assemblée du Louvre. Il avait entrepris de détruire ce faux bruit par l'acte de sa protestation qui y avait été agréé ; mais il n'eut pas cette consolation pendant sa vie, et l'effet en était réservé par l'ordre de la Providence aux écrits qui ont justifié depuis ce temps-là les sentiments de ce saint Père de l'Église et ont tiré sa doctrine de l'obscurité dont ses ennemis l'avaient couverte.

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