LIVRE XII
ruiner toutes sortes de biens spirituels en prévenant les esprits du prétendu jansénisme.
Dès l'année 1650, le dessein que cet évêque avait d'établir un bon ordre dans son diocèse et de le régler selon l'autorité des saints canons et des conciles lui avait fait publier une constitution synodale pour remédier aux désordres les plus visibles et aux plus pressantes nécessités. Mais comme il reconnut dans les années suivantes, par les visites qu'il fît en plusieurs paroisses de son diocèse, qu'il y avait encore de plus grands abus que ceux qu'il avait tâché de corriger par les règles de sa constitution, il se sentit obligé de dresser une nouvelle ordonnance beaucoup plus étendue que cette première, et d'y ajouter des peines, sans lesquelles il est difficile que la discipline ecclésiastique conserve toute sa vigueur. II le fit dans son synode du 28 mai de cette année 1654, en présence de tous les curés de son diocèse.
Cette ordonnance contenait trente-deux articles, au lieu que la précédente n'en avait que sept: Quelques-uns concernaient la personne des curés, quelques autres regardaient l'administration des sacrements et des choses qui s'y rapportent ; d'autres la prédication de la parole de Dieu. Il y en avait pour régler la conduite et la conversation des prêtres à l'égard des évêques et des curés ; il y en avait aussi pour la célébration du divin office* et l'obligation d'y assister. Enfin M. d'Angers y avait aussi prescrit des règles pour l'entretien des églises et pour les ornements dont on se sert dans les cérémonies de notre religion.
Il y avait sujet d'espérer que Dieu ne répandrait pas moins de bénédictions sur des règlements si justes qu'il en avait déjà versé par avance sur la première constitution, et que tout le monde s'y soumettrait avec respect. Mais le démon, qui est ennemi de la paix et de l'ordre de l'Église, excita bientôt des bruits sourds et des murmures contre les articles qui concernaient l'administration de la pénitence, et les réguliers, qui par leur profession pénitente, austère et toute sainte, devaient contribuer plus que tous les autres à les faire pratiquer, se plaignirent à leurs confidents que ce prélat n'avait point eu assez d'égard à la conservation de leurs privilèges.
1, Ms. Service,
Le prétexte de ce murmure était fondé sur ce que, pour retrancher le désordre scandaleux de quelques ecclésiastiques qui fréquentaient les cabarets, il avait ajouté à la défense qu'il leur en faisait une peine qui devait être capable de servir de digue et de barrière contre les excès de ceux qui étaient les plus endurcis dans un dérèglement si contraire à la nécessité du ministère des autels, en déclarant que ceux qui seraient convaincus de cette conduite criminelle ne pourraient être absous que par lui-même ou par ceux à qui il en donnerait le pouvoir et l'autorité; et il avait cru en devoir user ainsi parce que sans peine les religieux se seraient toujours servis de leurs privilèges pour éluder son ordonnance par la facilité des absolutions qu'ils donnaient indifféremment aux plus déréglés lorsqu'ils s'adressaient à eux dans le tribunal de la pénitence; de sorte qu'il s'était vu obligé de se servir {sic) en ce point de leurs privilèges jusqu'à ce qu'ils les lui eussent fait voir pour en reconnaître la teneur.
C'était une chose honteuse à ces Pères de prétendre que l'intempérance des ecclésiastiques déréglés dût être autorisée publiquement par leurs privilèges, qui ne leur ayant été accordés que pour leur sanctification et pour celle des chrétiens ne devaient pas être employés pour continuer la licence et la débauche dans son diocèse, et pour empêcher des prêtres et des ecclésiastiques qui approchaient des autels de s'enivrer ou de se débaucher impunément dans des lieux indignes de leur profession sainte. Ils devaient considérer que les papes n'avaient jamais eu en vue d'employer la puissance et la vertu des clefs qu'ils ont reçues de J.-G. pour maintenir le vice et autoriser l'abomination dans l'Église. Mais ils fermèrent les yeux à toutes ces considérations, et consultèrent plutôt leur amour-propre que le bien des âmes et l'honneur de l'épouse de J.-C. Le spectre du jansénisme vint au secours de leur révolte. Ils accusèrent leur évêque de n'agir que parle principe de ce prétendu parti, et de vouloir établir la réforme où il n'y en avait nulle nécessité. Voilà en effet ce qui était le plus réel de ce qu'on appelait jansénisme ; de travailler de tout son pouvoir à joindre la pureté des mœurs à celle de la religion, et à empêcher les impiétés et les abominations publiques, principalement en