CHAPITRE I
M. le cardinal Mazarin visite le collège de Navarre et celui de Boncourt, et prend la charge de grand-maître de cette maison. Il caresse M. Cornet et parle des cinq propositions.
Depuis la mort de M. le cardinal de la Rochefoucauld, la charge de grand-maître du collège de Navarre étant demeurée vacante, M. le cardinal de Lyon* la prétendait à cause de sa qualité de grand aumônier de France. Mais elle fut offerte à M. le cardinal Mazarin qui, considérant qu'elle ne l'obligeait à rien qu'à recevoir de l'honneur et à nommer aux offices et aux bourses de ce collège, et que de plus elle lui acquérait les premières et les principales têtes de la faction dominante dans la Faculté de théologie, il ne fit point difficulté de l'accepter. Il crut néanmoins en devoir suspendre la prise de possession réelle pour donner quelque chose aux plaintes de M. le cardinal de Lyon, frère de celui à qui il était redevable de toute sa fortune, et il attendit sa mort pour faire paraître dans ces deux collèges', en cette qualité, combien cette charge lui était agréable.
Il est vrai que si ceux qui gouvernaient alors ce collège eussent été moins politiques et moins attachés à leurs intérêts et à ceux de la cour, ils se seraient montrés plus reconnaissants en la personne de M. le cardinal de Lyon de
1. Alphonse Louis du Plessis de Richelieu (1582-1653), céda en 1606 son évêché de Luçon à son frère le futur cardinal pour se faire chartreux. Dans la suite, il dut sortir de son couvent, fut archevêque d'Aix, puis de Lyon et grand aumônier de France. Élevé au cardinalat en 1629, il prit le nom de son diocèse pour se distinguer de son frère.
2. Le collège de Boncourt, dont il est parlé dans le sommaire, et le collège de Navarre.
toutes les grâces qu'ils avaient reçues de feu M. le cardinal de Richelieu son frère. Et comme ils lui étaient redevables du don que le roi leur avait fait des collèges de Boncourt et de Tournay, qui sont des plus grands et des mieux situés de toute l'Université, et de la fondation d'une chaire royale de professeur en théologie que M. Pereyret avait remplie le premier, ils le seraient venus supplier en corps de rentrer dans une charge qu'il eût possédée dès le moment qu'il fut fait grand aumônier, si M. le cardinal de la Rochefoucauld ne l'eût prié de la lui laisser jusqu'à sa mort. Mais comme ils avaient des prétentions pour obtenir des grâces de la cour, et que M. Cornet, qui durant la Fronde parlait du cardinal Mazarin comme d'un brouillon capable de perdre tout le royaume, avait pris depuis ce temps-là avec lui des engagements qu'il ne voulait pas perdre, ils oublièrent le passé, et ne se réglèrent dans leur conduite que par des intérêts présents. Car ils espéraient que ce premier ministre se rendrait sensible à la gloire d'être le restaurateur de cette maison royale, qui a toujours été si célèbre et si éclatante entre toutes celles de l'Université ; que le désir d'éterniser * son nom le porterait à imiter son prédécesseur dans le rétablissement qu'il avait fait du collège de Sorbonne, et qu'au lieu que M. le cardinal de Lyon était sans crédit et sans pouvoir pour leur procurer ce bien et ces grâces qu'ils attendaient, M. le cardinal Mazarin, qui était le dispensateur de toutes les grâces, pouvait employer son ministère à acquérir cette gloire sans y rien mettre du sien propre. Dans cette vue, ils lui dédièrent des thèses dans lesquelles ils représentèrent une déesse Pallas qui d'une main tenait les armes de ce cardinal et de l'autre celles de leur collège. Ils le qualifièrent* de cette gloire en lui faisant envisager le moyen de se la procurer. Mais soit que le cardinal ne vît pas clair dans cette ouverture, ou que l'occasion ne se fût pas présentée pour suivre les traces de son prédécesseur, l'embarras où il s'était trouvé lui ayant même fait quitter le royaume où il était retourné depuis peu, il n'avait encore rien fait pour cette maison lorsqu'il la vint honorer de sa visite le quatrième jour de juin.