‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 39 sur 510 · Ms. : flattaient · texte numérisé non relu

Ms. : flattaient

LIVIIE IX 64

Tous les docteurs qui attendaient ces grâces de lui se trouvèrent à cette cérémonie; les évêques qui étaient docteurs de cette maison le reçurent à la tête de tous les autres théologiens de leur compagnie, le menèrent partout, et après lui avoir fait voir les lieux les plus considérables du collège de Navarre, ils le conduisirent en celui de Boncourt, et lui représentèrent les nécessités de ce collège si ample et si spacieux, mais sans revenu, et qui tombait en ruines de tous côtés. Ce fut là qu'ils lui découvrirent la perte qu'ils avaient faite dans la mort de M. le cardinal de Richelieu, qui était sur le point de lui laisser de plus grandes marques de sa libéralité et de sa magnificence, par le parfait rétablissement de ce collège, qu'il n'en avait laissé dans la restauration de la Sorbonne. Ils ajoutèrent que la Providence leur ayant donné Son Eminence pour grand-maitre et pour protecteur, ils espéraient trouver en lui toutes sortes de faveurs et une espérance encore plus grande pour toute leur maison. Ce cardinal se contenta de répondre à tous leurs compliments en termes généraux, en leur disant qu'ils verraient par le bien qu'il leur ferait combien il les estimait tous, et l'estime qu'il faisait de l'honneur qu'ils lui avaient déféré.

Comme il savait bien que les principaux ministres du molinisme étaient dans cette maison royale, que celui même qui y tenait le rang de grand-maitre était celui qui avait fabriqué les cinq propositions, et qu'il tenait par son adresse et par son crédit toute la Faculté de théologie, il le caressa extraordinairement, se surpassa lui-même pour lui donner des démonstrations de son amitié et de l'estime qu'il faisait de son mérite, allant au delà de ce qu'un docteur pouvait espérer, et lui promettant de faire chez lui des choses tout autrement magnifiques que celles que son prédécesseur leur avait faites. Néanmoins, ces belles promesses ne lui coûtèrent rien ni en pierres, ni en architectes, ni en maçons ; et il laissa pendant tout le resle de sa vie et après sa mort leurs trois collèges en l'état où ils les avait trouvés.

Dans l'enlretien qu'il eut avec ce docteur et les évêques qui l'accompagnaient, il fît tomber le discours sur les cinq propositions qui faisaient tant de bruit partout, et en parla comme un homme qui en était pleinement informé, et qui n'ignorait rien de tout ce qui se passait dans Rome et dans Paris au sujet de cette affaire. Il leur dit que c'était un très grand

bien pour l'Église qu'elle eût été portée devant le Saint- Siège comme étant le tribunal où toutes les causes de la foi devaient être rapportées pour y être jugées souverainement; que le pape en était le juge légitime, ayant une autorité souveraine dans l'Église, et le Saint-Esprit l'assistant de ses lumières dans toutes les décisions et les j ugements qu'il prononçait de {sic) cette qualité; que toutes les églises avaient toujours eu recours à lui en de semblables actions, et que, pour être bon chrétien, il fallait embrasser toutes ses décisions et s'y soumettre.

Il ajouta sur l'affaire des propositions qui se traitait à Rome qu'il ne pouvait être du sentiment de ceux qui traitaient les Jansénistes d'hérétiques avant qu'il y eût contre eux aucune décision ; qu'il s'étonnait de ce qu'on s'emportait jusqu'à cet excès ; mais qu'il fallait pardonner cette chaleur au zèle de ceux qui aimant tendrement l'Église étaient choqués des moindres nouveautés, qui ne pouvaient nullement souffrir les opinions qu'ils croyaient s'écarter de celles qui étaient généralement reçues par tous les catholiques, et à qui les maximes des Jansénistes étaient tout à fait insupportables parce qu'elles leur paraissaient nouvelles et peu conformes à celles des écoles de théologie ; que pour lui il en jugeait autrement et ne tiendrait jamais leur doctrine pour hérétique qu'elle n'eût été déclarée telle par le Saint-Siège dans un jugement où toutes les règles de l'Église auraient été observées ; qu'ainsi il fallait attendre que le Saint Père eût parlé en leur faveur ou contre leurs sentiments pour former son jugement touchant les personnes des Jansénistes et pour les déclarer hérétiques.

Ce langage était trop agréable à M. Cornet et à ceux de son parti pour n'être pas reçu avec toute sorte d'applaudissement. Les nouvelles assurées qu'on lui avait déjà données de la bulle, qui n'attendait plus que la cérémonie de la fête de la Pentecôte pour sa publication, se trouvaient entièrement conformes au discours que ce cardinal leur tenait, de sorte qu'il en fit un augure merveilleux en sa faveur.

Cependant il n'y eut presque personne qui fit réflexion sur le bruit que l'on avait répandu partout de cette nouvelle bulle, quoique ce fût sans doute la seule chose que ce cardinal considérait en leur parlant de cette matière de doctrine, et que ce fût Tunique vue qu'il avait en avançant

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