LIVRE XII
Ceux qui étaient pour déférer à la lettre de cachet du roi appuyèrent cet avis et le soutinrent avec toute la chaleur possible. Enfin, après une longue et très ardente contestation, le chapitre conclut que, sans s'arrêter à l'arrêt du conseil par lequel le roi ordonnait que la compagnie prendrait l'administration du diocèse, il la prendrait en effet et nommerait des vicaires généraux, non pas comme si le siège était vacant, mais seulement à cause de l'absence de M. le cardinal de Retz, et ferait le plus lot qu'il lui serait possible des remontrances au roi pour le retour de Son Éminence et de ses vicaires généraux.
Dix-sept chanoines furent d'avis de déférer à l'arrêt, quoique les autres soutinssent qu'il était contraire aux libertés et aux immunités de l'Eglise, qui ne se réglait jamais dans sa conduite sur les volontés des princes de ce monde, mais sur celle de N. S. J. C. et du Saint-Esprit. Néanmoins ces dixsept revinrent pour la plupart à l'avis de M. le doyen, qui est celui que l'on vient de rapporter. Il y en eut treize pour les remontrances et pas un pour l'usurpation, et ce fut sur cet avis que Ton ajouta que l'on ferait des remontrances. Il y en eut cinq qui opinèrent qu'on assemblât tout le clergé de Paris, qui n'était pas moins intéressé que le chapitre dans une affaire de cette conséquence. Mais le suffrage de M. le doyen l'emporta, parce que ces cinq ne voulurent pas passer à l'ayis des treize. C'était s'écarter visiblement de l'usage ordinaire des compagnies réglées où l'on réduit tous les avis à deux, et selon cette règle le sentiment de ces cinq devait être réduit à celui des treize, parce qu'il n'était nullement pour l'administration du gouvernement du diocèse, qui était la matière capitale de la délibération. De sorte qu'à qui aurait bien compté ces avis, ils étaient dix-huit contre dix-sept pour s'abstenir de l'usurpation. Mais on ne
I point ce démêlé, que l'on aurait fait avec succès s'il se t trouvé aussi conforme aux inclinations de la cour qu'il ar était peu favorable.
Le chapitre s'assembla le lendemain au matin, 2* jour du même mois, pour nommer des vicaires généraux, savoir : MM. le doyen, le chantre, le pénitencier, le théologal; et l'après-dîner du même jour il s'assembla encore une fois, pour confirmer les autres officiers, savoir : l'official, le se-
I taire, le greffier, etc.
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Ensuite de cette conclusion, M. le doyen alla rendre compte à M. le chancelier de tout ce qui s'était passé dans le chapitre sur le sujet de l'arrêt que le roi lui avait fait signifier; il lui représenta que la compagnie n'avait pas pu prendre de conclusion conforme à cet arrêt, parce qu'étant un corps ecclésiastique elle ne reconnaissait point d'autres règles de sa conduite que celles de l'Évangile et de l'Église. Que néanmoins elle n'avait point laissé de faire ce que le roi voulait qu'elle fît, qui était de prend re l'administration du diocèse et de nommer des vicaires généraux pour y vaquer pendant l'absence de M. le cardinal de Retz et de MM. ses vicaires généraux, le reconnaissant toujours pour archevêque de Paris, et q.ue leur conscience les avait obligés d'agir ainsi. M. le chancelier lui répondit que le roi par son arrêt n'avait pas prétendu rien faire contre les règles de l'Église, mais seulement leur faire comprendre la nécessité où le diocèse de Paris se trouvait réduit; qu'il ne s'était servi de ce moyen que pour rendre la chose plus assurée et arrêter ceux qui auraient pu empêcher la compagnie de s'acquitter de son devoir; qu'il pouvait l'assurer que le roi serait très content de la conduite que le chapitre avait tenue dans toute la suite de cette affaire, et qu'il le priait de tenir la main à l'exécution de cette délibération du chapitre.
M. le garde des sceaux Mole, ayant entendu cette conclusion et tout le reste de cette belle équipée des chanoines, dit en leur insultant que c'était là une ample réparation du Te Deum, et qu'il était fort honorablement effacé.