CHAPITRE XVI
Suite de l'affaire de M. le cardinal de Retz au commencement du mois de septembre 1654.
Ce n'était pas sans dessein que l'on tenait en haleine les grands-vicaires de M. le cardinal de Retz pour solliciter une audience qui ne devait rien leur produire d'avantageux; et pendant qu'on les faisait geler à la cour sur la fin du mois d'août, on envoyait à Paris des ordres pour leur faire perdre cette qualité En effet, le premier jour de septembre, le roi envoya une lettre de cachet au chapitre de Notre-Dame pour lui ordonner de prendre la direction du diocèse de Paris, et de nommer des vicaires généraux pour
gouverner, comme il se pratique ordinairement durant la vacance du siège.
La lecture de cette lettre excita dans la compagnie une longue contestation. Car les uns soutenaient que l'on ne pouvait pas déférer à cette lettre de cachet sans se rendre
upable d'un grand crime devant Dieu et devant les ommes, puisqu'en effet il y avait un. archevêque, et que ses
caires généraux avaient fait cette forfction jusqu'à ce jour-
; qu'une entreprise de cette nature était condamnée par autorité de tous les canons; qu'il fallait que le chapitre
putât vers Sa Majesté pour la supplier de rendre au dio-
se de Paris les grands- vicaires de M. le cardinal de Retz t pour lui déclarer que sans une entreprise considérable contre l'Eglise [on ne pouvait] en usurper l'administration; qu'il était inouï que jamais on eût dépouillé un évêque de l'autorité qui est attachée à son caractère sans que son procès lui eût été fait selon les règles de l'Église ; que ce n'était pas un crime à leur archevêque de s'être servi du droit naturel pour sortir d'une prison où il avait été mis sans forme de procès, et de s'être garanti par ce moyen très innocent d'une très longue et très dure captivité ; qu'enfin le chapitre n'étant pas le juge de M. le cardinal de Retz, il ne pouvait nullement déclarer que l'archevêché de Paris fût en état d'être gouverné par leur compagnie.
Les autres au contraire soutenaient que le chapitre étant en la place de Tévêque et le représentant dans toute l'étendue du diocèse, il devait pourvoir à toutes les nécessités des peuples qui dépendaient de sa juridiction; que l'absence de l'évêque et de ses vicaires généraux mettait le diocèse dans la dernière confusion et comme dans une espèce d'abandon, les peuples ne sachant plus désormais à qui s'adresser dans leurs besoins, et particulièrement dans ceux dont le retardement était capable de réduire aux dernières extrémités les particuliers qui les souffrent; que c'était la disposition où l'église de Paris se trouvait nécessairement par l'absence de son archevêque et de ses vicaires généraux ; et que n'ayant nulle vraisemblance que cet embarras dût cesser si tôt, le chapitre était obligé de prendre l'administration du diocèse.
Les autres leur répliquèrent qu'une conjoncture de cette qualité pouvait bien être une espèce de nécessité pour faire accepter cette administration quand elle n'était point causée a 37
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par un outrage manifeste et une violence faite à l'Eglise, et lorsqu'une absence de cette nature arrive naturellement, comme quand un prélat était arrêté par les infidèles ou par les hérétiques; que non seulement on voyait l'outrage que Ton faisait à M. le cardinal de Retz dans son absence, mais que même on l'autorisait en acceptant ou en usurpant l'administration du diocèse ; que la compagnie ferait bien mieux de députer vers le rof pour lui représenter les nécessités de l'Église, et que, si elle n'était pas écoutée, elle se tiendrait en repos, se contentant de la satisfaction de s'être acquittée de son devoir et de gémir sur des maux dont il lui serait impossible d'arrêter le cours.
Quelques autres plus politiques disaient que l'on pouvait concilier les deux avis, en concluant qu'on représenterait au roi l'état de l'église de Paris et celui de la compagnie; qu'on supplierait très humblement Sa Majesté d'y avoir égard et de bien faire examiner la chose par son conseil à cause de sa conséquence, et qu'après cela on pourrait se retirer et attendre quelque temps sans rien entreprendre dans la conduite du diocèse ; que si après cela le roi, au lieu d*avoir égard à leurs remontrances, continuait à retenir à la suite de la cour les vicaires généraux, la compagnie se rassemblerait tout de nouveau pour délibérer sur ce qu'elle aurait à faire touchant la conduite du diocèse; que sans ce tempérament elle se rendrait odieuse à tout le monde par rinjustice qu'elle commettrait dans une usurpation si prompte; qu'elle attirerait par là l'indignation de M. le cardinal de Retz, qui tôt ou tard en tirerait la vengeance, et que cette conduite si précipitée les exposerait au hasard d'être repris par le pape. Enfin que cette affaire était d'une assez grande considération pour prendre tout le temps nécessaire afin d'en délibérer plus mûrement.
Cet avis, qui semblait le plus naturel pour une compagnie qui n'agissait pas selon les règles de l'Église, ne fut pas suivi. M. le doyen insista toujours sur cette nécessité du diocèse qui ne souffrait point de remise, et il assura que c'était faire les affaires de M. le cardinal de Retz, puisque les vicaires généraux qui agiraient après la nomination du chapitre n'agiraient point au nom et par l'autorité de leur compagnie, mais comme grands-vicaires de M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris.