LIVRE XII
repoussant M. Duhamel, curé de Saint-Merry, qui insistait pour la faire lire. Il dit qu'on ne la pouvait ouvrir sans se rendre criminel de lèse-majesté. MM. de Bréda et Colombel, curés, l'un de Sainl-André-des-Arts' et l'autre de Saint- Germain-l'Auxerrois, le soutinrent et s'élevèrent contre M. Duhamel. Et dans la chaleur de cette contestation, M. Roullé, curé de Saint-Barthélémy, qui était le délateur perpétuel de ses confrères à la cour, prit la lettre, la mit dans sa poche avec un emportement plus digne delà boutade d'un soldat que de la modération d'un pasteur, et l'ouvrit en secret quelque temps après. Un procédé si injurieux ayant choqué quelques-uns des assistants, ils élevèrent leur voix pour demander qu'elle fût lue. Mais M. Chapelas, quittant sa place, feignit de vouloir sortir et s'écria qu'il ne pouvait plus demeurer dans le lieu où la compagnie parlait de faire une action si criminelle. Mais M. de Bréda et les autres l'assurant qu'on ne lirait point cette lettre, on continua la délibération, et on conclut que la compagnie députerait quatre curés pour demander à MM. les grands-vicaires sous quel nom et par quelle autorité ils agissaient, et que cependant ils obéiraient à leurs mandements, ce qui était tout ce que l'on désirait d'eux.
Le samedi 6®, après que le roi eut fait son entrée, MM. du chapitre allèrent rendre leurs soumissions à Sa Majesté parla bouche de M. Séguier, théologal de leur église, et après qu'il eut achevé sa harangue, on lui dit que Sa Majesté était mal satisfaite de la conduite de leur compagnie, tant sur le point du Te Deum qu'elle avait chanté dans le temps de l'évasion du cardinal de Retz, que sur d'autres conclusions, de sorte qu'elle désirait qu'il en témoignât son regret. Ce théologal ne répliqua que pour dire que le chapitre était prêt de faire tout ce qui plairait à Sa Majesté pourvu qu'il ne perdît pas l'honneur de ses bonnes grâces. Et là-dessuS;, ayant demandé pardon pour tout le corps des chanoines, la cour fut tellement satisfaite de sa harangue que le bruit se répandit qu'elle Fallait faire imprimer avec tout ce que M. le chancelier lui avait dit.
Le Te Deum pour la levée du siège d'Arras fut chanté ce jour-là même, et l'on crut dés lors que, selon un style deve-
\. Ms. arcs.
nu assez ordinaire depuis quelque temps, ces réjouissances publiques pourraient bien être funestes à quelques personnes.
Cette conjecture n'était pas sans fondement, car ce jourlà même, sur les sept heures et demie du soir, un exempt étant allé chercher M. Duhamel jusqu'au confessionnal où il entendait actuellement des confessions, lui dit, lorsque ce curé eut été au devant de lui, qu'il avait ordre du roi de lui donner une lettre de cachet qui lui ordonnait de sortir de Paris dans vingt quatre heures pour se rendre incessamment à Langres jusqu'à nouvel ordre. Et sur ce que M. Duhamel lui répondit qu'il ne manquerait pas d'obéir au roi, cet exempt lui répliqua qu'il y aurait un valet de pied de Sa Majesté qui l'accompagnerait jusqu'à Langres pour rendre compte au roi de son obéissance et de ses actions.
Le lendemain, dimanche 7 du même mois, le valet de pied le vint trouver sur les six heures du matin, et ils partirent ensemble sur les onze heures. Il ne lui fut pas possible d'empêcher toute sa paroisse de venir se rendre autour de sa maison pour prendre sa bénédiction. Ce grand concours de peuple donna quelque appréhension à la cour; car on Vint rapporter à M. le chancelier et à M. Le Tellier que toute cette paroisse était assemblée et qu'il y avait à craindre quelque chose de pis. Mais M. Duhamel étant averti de cette calomnie hâta son départ, et eut la discrétion de sortir par une porte de derrière pour se délivrer de l'embarras de tant de personnes qui venaient prendre congé de lui; de sorte que sa sortie ayant effacé toutes les impressions que la cour avait voulu prendre de lui, la crainte de cette sédition imaginaire se dissipa en un instant.
On observa en celte rencontre la dureté et l'aversion scandaleuse de M. Amyot contre M. Duhamel, ne lui étant pas venu dire adieu ni faire aucune civilité de sa part, quoique ce confrère lui eût envoyé M. Cordon, son vicaire pour l'assurer que sans son interdit civil il ne serait pas parti sans prendre congé de lui.
Voilà ce qui se passait visiblement et aux yeux de tout le monde; mais très peu de personnes surent l'entretien secret que le même M. Duhamel eut dans ce petit intervalle avec un- homme de la cour (|ui l'était venu trouver la veille sur