‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 383 sur 510 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

es quatre heures après-midi, pour lui représenter le maleur qu'il attirait sur lui par rattachement qu'il avait avec le cardinal de Retz contre le cardinal Mazarin; ajoutant qu'il avait encore assez de temps pour se remettre bien avec Son Éminence, qui n'exigeait de lui nulle autre chose que de rompre la liaison qu'il avait avec M. le cardinal de ^Hfietz. M. Duhamel, qui pouvait faire cesser son embarras ^^nar une négociation si commode en apparence, répondit à ^Het homme de la cour qu'il était très obéissant et très ^^pbligé serviteur à M. le cardinal Mazarin, qu'il se reconl^^iaissait indigne de Thonneur qu'il lui faisait de songer à lui, et qu'il aurait un sensible déplaisir de rien faire qui pût déplaire au roi et à Son Éminence; mais que pour ce qui regardait M. le cardinal de Retz, il ne pouvait pas se séparer de lui en qualité d'archevêque de Paris à qui il avait voué obéissaRce en recevant le sacerdoce, et qu'en cela il ne voyait pas qu'il y eût rien qui pût blesser les intérêts de M. le cardinal. Cette réponse si précise n'empêcha pas celui qui venait traiter avec lui de redoubler ses instances pour le porter de se rendre aux désirs de M. le cardinal qui ne prenait pas les choses en cette manière; qu'aussi bien il y avait grande apparence que les affaires de M. le cardinal de Retz ne pourraient jamais réussir tant qu'il serait mal avec le roi; que ce qui venait de se passer dans le chapitre de Notre-Dame en était une preuve indubitable, et qu'ainsi on se contentait de lui demander qu'il donnât parole de se tenir en repos et de n'agir plus à l'avenir pour le service de ce cardinal disgracié. M. Duhamel lui repartit qu'd ne pouvait pas faire cette promesse pour les choses qui se traitaient dans les assemblées de ses confrères ni s'empêcher de s'y trouver, n'étant pas en son pouvoir de s'en abstenir sans blesser sa conscience; mais que pour le reste il lui donnait sa parole de ne se mêler de rien de plus que cela, et qu'il le devait d'autant plus croire sur cette déclaration qu'il n'était nullement d'humeur à faire cabale. Cet honnête homme, qui voulait en cela lui donner des marques de son amitié, lui témoigna beaucoup de douleur de ce qu'il ne pouvait pas lui donner de meilleures paroles que celles-là, qui n'étaient nullement capables de satisfaire Son Éminence. Et deux ou trois heures après qu'il fut sorti, la lettre de cachet arriva, parce qu'il n'avait pu ajuster les règles

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de sa conscience avec les inclinations de la cour. Tout autre que lui, qui aurait été moins zélé pour le service de l'Église, n'aurait pas eu de peine à promettre de ne plus parler des affaires ecclésiastiques de M. le cardinal de Retz, parce qu'étant dépendant du chapitre en qualité de chefcier de Saint-Merry, il n'était point censé être du corps des curés de Paris, non plus que M. Amyot son confrère, et n'avait été reçu dans les assemblées des curés que par souffrance et par grâce, à cause de son mérite. S'il eût fait cette ouverture à cet honnête homme qui le venait tâter de la part de la cour, il aurait fait attention là-dessus, et par conséquent il se serait servi de cette considération pour se dispenser de se trouver désormais dans ces assemblées et de se justifier devant ses confrères de ce qu'il se fût abstenu d'y assister. Mais cette conduite lui paraissant toute humaine et entièrement contraire à son devoir, il aima mieux en ce temps s'exposer à toutes choses que de s'en servir.

On délibéra longtemps à la cour sur M. d'Aubigny pour le comprendre au nombre de ceux à qui l'on envoya des lettres de cachet. Mais la considération de M"»e la princesse Palatine* et de M. le vicomte de Turenne*, qui lui étaient unis par une amitié particulière, le fit distinguer d'avec ceux que l'on enveloppait dans cette affaire.

Il n'y avait rien de plus injuste que de vouloir faire entrer cet événement dans la cause du prétendu jansénisme. M. Ladvocat, l'un des vicaires généraux de M. le cardinal de Retz, qui avait eu une lettre de cachet, était ennemi déclaré des disciples de saint Augustin, et s'il n'eût tenu qu'à lui il y aurait déjà eu longtemps qu'on les aurait exterminés. M. Chevalier, son collègue, était un homme d'un tempérament moins chaud, mais qui n'était nullement instruit de ces matières, et qui aimait ses aises et les commodités de la vie, de sorte qu'il n'y avait nulle apparence qu'il se départît jamais des intérêts de son collègue. Personne

1. Anne de Gonzague de Clèves (1616-1684), mariée en 1645 au prince Edouard de Bavière, comte Palatin du Rhin, se rendit célèbre par sou génie des affaires qu'elle mit au service de la reine et de Alazarin. On sait qu'elle se convertit en 1672, après une vie des plus dissipées. Bossuet fit son oraison funèbre.

2. Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, maréchal de France (1611-1673); il était encore protestant à cette époque.

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