‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 385 sur 510 · CHAPITRE XVIIP · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIP

Le 12 de septembre, M. Amyot, qui avait laissé partir M. Duhamel son confrère sans lui dire adieu et sans avoir envoyé aucun des siens pour lui faire compliment, eut luimême quelque espèce de confusion sur le reproche qu'on lui en avait fait sans doute, et ce fut ce qui Tobligea de recommander cet exilé aux prières des confrères du Saint-Sacrement, ajoutant qu'ils devaient demander pour lui un prompt retour.

Peu de jours après, le chapitre de Paris qui venait d'usurper l'autorité de son archevêque, publia un mandement pour faire connaître au peuple que toute l'autorité lui était dévolue dans le diocèse pendant l'absence de M. le cardinal de Retz et de ses grands vicaires. Ce mandement était marqué de l'image de Notre-Dame, n'y ayant pas d'autre marque de M. le cardinal de Retz, sinon qu'il y était nommé

1. Ce chapitre n'a de titre ni au ms. ni dans les copies; on pourrait proposer le suivant :

[Mandement du chapitre de Paris. Exil du P. de Gondi et lettres de cachet contre les amis du cardinal de Retz. Ordinations faites à Paris pendant ce mois de septembre].

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archevêque de Paris ; l'autorité dont il faisait mention montrait assez que celle de Son Éminence n'était qu'imaginaire. Ces nouveaux grands vicaires allèrent supplier M. le cardinal Mazarin de leur donner M. l'évêque de Coutances pour faire l'ordination des Quatre Temps de septembre, et il leur promit de s'y employer auprès de ce prélat. Ainsi toute la discipline de l'Église était renversée, et les chanoines de Paris regardèrent comme une ordonnance prescrite la clause du concile de Trente qui défend aux chapitres de rien faire touchant l'ordination des ministres de l'Église une année entière après la vacance du siège, à compter du jour de la vacance ; ce qui était fort éloigné de la licence qu'il prenait -de faire cette ordination sans que le siège vaquât effectivement.

M. Vincent, supérieur de la Mission, ancien domestique de la maison de Retz, ne garda pas plus de mesures que ces chanoines. Car comme quelques personnes lui demandèrent quels motifs il avait eus dans une rencontre comme celle-là d'ouvrir sa maison pour servir de lieu de retraite à ceux qui se présentèrent pour les ordres sans avoir été examinés par leur légitime évéque ni par ses vicaires généraux, il répondit qu'il les avait reçus sans pénétrer de quelle façon ils avaient été reçus aux ordres, sans pénétrer si c'avait été, ou par les grands vicaires de M. l'archevêque ou par ceux du chapitre, parce que ce n'était point à lui à se mettre en peine de cette discussion, et qu'il était si persuadé de la probité et de la vertu de tous ceux qui pouvaient avoir part à ladminislration de l'archevêché qu'il ne pouvait avoir de scrupule de recevoir tous ceux qui lui viendraient de leur part. Il parlait en cela selon ses lumières, qui n'étaient pas fort différentes des ténèbres, et qui n'auraient ébloui personne s'il ne se fût mis depuis longtemps en possession de se faire un mérite de son ignorance.

Tous ceux qui avaient quelque sentiment d'humanité ne purent apprendre sans indignation l'ordre qui fut donné en ce temps-là au Père de Gondi, de l'Oratoire, de quitter Villepreux et de se retirer à Clermont en Auvergne. Ils dirent assez hautement que cette grande douceur que les amis du cardinal Mazarin lui attribuaient était assez mal fondée, et que, quoiqu'il ne fût pas porté par son inclination à répandre le sang des hommes^ il avait néanmoins

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plus d'un moyen de leur faire perdre la vie. Un homme de l'âge de ce prêtre de l'Oratoire, et accablé d'une aussi grande affliction qu'était la persécution faite à son fils, aurait dû tre un peu épargné par un ministre qui n'en pouvait •endre aucun ombrage, n'ayant rien à craindre de sa re- LÎte à Villepreux, où il ne se mêlait de rien. Le Père Vignier, de l'Oratoire, qui y était avec lui, eut issi une lettre de cachet pour aller dans le Limousin; ^ais il la prévint et trouva un lieu de refuge dans Châlons, iprès de l'évêque qui prenait beaucoup de part dans l'af- \\ve de M. le cardinal de Retz. Ceux qui avaient reçu des tires de cachet pour se rendre à la suite de la cour furent Ispersés en plusieurs endroits. M. Ladvocat à... ; M. Chevalier à Saint-Flour; M. Joly à Chaumont en Bassigny; M. Biet et M. Loisel à Bourges. M. Grangier revint à Paris tout tremblant de ce qu'il croyait qu'on l'avait pris pour un autre.

Le cardinal Mazarin, qui disposait absolument de l'esprit du roi, donnait peu de bornes à sa passion et la réglait par son pouvoir et par son autorité. M. l'abbé Fouquet ne cessait pas de lui grossir toutes les circonstances de cette affaire en lui faisant peur d'une cabale furieuse qui se formait contre lui dans Paris, quoique dans le fond il n'en fût rien et que la chose fût sans aucune apparence. L'intelligence qu'avait cet abbé avec quatre ou cinq filous lui donnait occasion de se jouer du premier ministre en les faisant passer pour des gens d'honneur et pour les premiers de la ville, et lui faisant venir tous les matins leurs camarades à qui il donnait des récompenses pour la peine qu'ils avaient eue à l'intimider. Cependant la crainte de ces maux imaginaires produisit des maux réels et effectifs, et les disciples de saint Augustin en eurent la meilleure part, non seulement dans Paris, mais aussi dans les provinces du royaume, comme on verra en rapportant ce qui est arrivé sur la fin de l'année suivante.

Le 19 du même mois de septembre, l'ordination se fit avec tout le faste qui aurait pu accompagner une cérémonie purement humaine et séculière. On voyait paraître à la tête des ordinands un exempt des gardes du roi, l'épée au côté et le bâton à la main, pour montrer sans doute que la puissance séculière y avait la meilleure part. Quelques chanoines,

pour insulter à l'oppression de TÉglise, dirent comme par reproche qu'encore que l'on eût dit qu'il ne s'y trouverait qu'un petit nombre d'ordinands, on y en avait néanmoins compté jusqu'à près de cent cinquante. Ils disaient vrai, mais ils devaient ajouter que ce nombre était composé pour la plus grande partie de religieux qui ont assez de tiédeur pour le droit de la hiérarchie. Pendant cette cérémonie, un homme de piété, voyant passer un religieux assez âgé qui en conduisait de plus jeunes et qui les faisait passer de la salle de l'archevêché à la chapelle de l'ordination, eut la charité de l'avertir que le concile de Trente avait défendu ces sortes d'ordinations sous peine d'interdit. Le religieux crut en étre.quitte pour lui répondre galamment que cette ordonnance ne leur était pas connue, et sur ce que celui qui lui faisait cette correction charitable lui remontrait qu'ils ne la devaient point ignorer, cet aveugle conducteur d'un très grand nombre d'autres aveugles lui répliqua brusquement qu'ils en seraient quittes à se faire réhabiliter.

, Le scrupule que quelques ecclésiastiques avaient eu en se retirant de l'ordination, de peur qu'il ne s'y trouvât quelque chose de schismatique, ne fit pas impression sur Tesprit de M. Cornet, qui y envoya deux beux ou bacheliers de sa maison de Navarre. Les chanoines en eurent si peu de scrupule que les anciens ministres de l'archevêché de Paris se réunirent aux nouveaux pour couronner une action si glorieuse, et tous ensemble burent à la santé du principal ministre de cette ordination si rare.

Ces grands vicaires usurpateurs allèrent le lundi suivant rendre compte à M. le nonce de tout ce qu'ils avaient fait depuis qu'ils étaient en possession du gouvernement du diocèse, et ils en furent fort mal reçus ; ce ministre du pape leuï" témoignant beaucoup d'indignation de la part de Sa Sainteté, et leur disant que si elle envoyait une excommunication contre eux en particulier et contre le chapitre en corps, il la fulminerait lui-même. Ils tâchèrent de lui représenter qu'ils s'étaient réglés en cela par le droit canonique qui leur attribuait toute juridiction et le gouvernement du diocèse dans l'absence de leur archevêque ; mais il leur répliqua vertement qu'ils n'entendaient pas le droit canonique, et que tous les chapitres qu'ils lui avaient allégués et par lesquels ils prétendaient justifier leur entreprise étaient sur

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