LIVRE XTT
Heure en 1649 ou en 1650; mais elle ne le fut que trois mois, s'en étant démise par un acte en forme, pour se décharger de l'obligation de faire vivre et de nourrir les religieuses qui étaient fort pauvres et à charge à leurs parents. N'étant demeurée avec elles que trois mois après sa démission, elle se retira dans une maison séculière à Paris où elle passa quelques mois, et de là dans un couvent de Bénédictines à Lagny et en d'autres lieux, où elle se conduisit d'une manière fort licencieuse.
En son absence, on procéda à une nouvelle élection d'une supérieure, et ayant jeté les yeux sur la sœur Marie-Magdeleine de Saint-Augustin, religieuse de Colinance, de Tordre de Fontevrault, les filles de Liesse la nommèrent, après en avoir averti le père Placide Roussel qui était prieur de Saint-Germain-des-Prés, leur supérieur comme grand vicaire de M. l'abbé, et après avoir présenté sur ce sujet une requête à M""® l'abbesse de Fontevrault, qui envoya son obédience par écrit à cette bonne religieuse pour la gouverner en qualité de supérieure durant l'espace d'un an.
La bénédiction que Dieu donnait à sa conduite ayant édifié tout le monastère, les religieuses de Liesse la prièrent de s'associer avec elles, ce qu'elle fit avec la permission de M"'e de Fontevrault, dont elle quitta tout à fait Fordre, et fut reconnue pour fille et supérieure de Liesse sans contredit pendant l'espace de plus d'un an après cette association. Mais au mois de mai de l'an 1652, l'approche des armées près de Paris ayant exposé ce monastère à des accidents funestes, elles ne trouvèrent point d'autre refuge contre cette violence dans une si pressante nécessité que de se itirer dans le Port-Royal du faubourg Saint-Jacques, qui tait depuis longtemps en possession de secourir toutes les îrsonnes affligées. Dom Placide Roussel, leur supérieur, Itribue « à un excès de charité » des Mères de cette abbaye issistance qu'elles leur rendirent dans cette extrémité dé- )rableen voulant bien les recevoir pour quelque temps et nourrir. L'obédience qu'il leur donna le porte en termes exprès. Elles se retirèrent par son ordre dans cette finte maison, et comme il est permis avec la licence des Ipérieurs, selon l'esprit de l'Eglise, de passer dans un rdre plus austère (jue celui dans lequel on a fait profession, sœur Marie-Magdeleine de Saint-Augustin, supérieure de
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ces filles, après avoir passé plus d'un an dans ce monastère où elle avait trouvé son asile, fut reçue à la profession de l'ordre de Citeaux plus austère que la mitigation de Liesse*.
Pendant que les autres religieuses y respiraient agréablement, la sœur Marguerite de Saint-Benoît conçut le dessein de se faire encore une fois leur supérieure par sa propre autorité. Elle composa une nouvelle communauté, réduite à une autre. religieuse qui s'était séparée avec elle depuis de»ix ans de celle de leurs mères et de leurs sœurs, et à une converse qu'elle avait faite sœur du chœur de son caprice et sans observer les règles. Ce fut en son nom et en celui de ces deux autres religieuses qu'elle présenta requête au conseil pour- faire et dire contre leurs sœurs qui étaient dans Port-Royal, et qui avaient loué leur maison à d'autre? religieuses anglaises par l'autorité de M. l'abbé de Saint- Germain, leur supérieur, qu'elle serait rétablie dans leur maison de Liesse comme dans un monastère qui lui appartenait en propre, et dans laquelle les Anglaises ne s'étaient intruses que par artifice, et à dessein d'y introduire les religieuses et les administrateurs de Port-Royal.
Cette requête ayant été présentée au Conseil sans avoir été communiquée aux parties, MM. Le Nain et de Bernières» maîtres des requêtes, qui s'y trouvèrent quand elle fut rapportée, représentèrent fortement qu'on surprenaitle Conseil, que la Mère de Saint-Benoît était une vagabonde qui après avoir détruit la communauté de Liesse et l'avoir quittée depuis plus de cinq ans, ne sachant plus oij se retirer, voulait s'introduire dans une maison appartenant aux autres religieuses retirées dans Port-Royal et qui l'avaient louée par l'ordre de leur supérieur aux religieuses anglaises; qu'au lieu que cette Mère ne pouvait produire aucun acte de son supérieur par lequel il lui aurait été permis de quitter la communauté de Liesse pour se retirer en quelque maison religieuse, au contraire celles de leurs sœurs qui étaient à Port-Royal avaient toutes leurs permissions, et même des actes de leurs supérieurs de faire tout ce qu'elles avaient fait; que le Conseil ne pouvait ordonner autre chose sinon que la requête serait communiquée aux parties, et qu'en-
1. Sœur Mario-Madeleine de Saint-Augustin Renaudot est morte à Port-Royal en 1657. V. le Nécrologe (10 avril).