LIVRE XII
et la constellation lui paraissait si favorable qu'il prenait ses conjectures pour des démonstrations infaillibles.
M. Amyot, qui avait entrepris de détruire M. Duhamel pendant son absence, fit tous ses efforts pour empêcher que l'assemblée des dames de la charité se fît dans la semaine de son confrère, prétendant qu'elles se devaient tenir dans la sienne seulement. Et quoi que l'on n'omit rien pour lui aire comprendre qu'il ne pouvait sans une extrême inustice traverser cet établissement de charité pour les pauvres de sa paroisse, il s'opiniâtra dans cette violence par l'assurance qu'il avait que M. le garde des sceaux le soutiendrait. Car il lui suffisait pour cela de dire, sans aucun fondement, que les ecclésiastiques de la communauté de M. Duhamel, étant des ecclésiastiques excommuniés par le pape et retranchés de l'Église, ne pouvaient plus assister à ces sortes d'assemblées.
Il voulut présider à celle qui se tint le premier mercredi de décembre, mais les dames qui s'y trouvèrent le jouèrent si agréablement, sans blesser les règles de la modestie et du respect, qu'il fut obligé de leur dire qu'il fallait donc prier Dieu pour le retour de M. Duhamel avant Noël afin de pouvoir satisfaire aux dettes, déclarant quil n'avait pas le moyen de les payer. Mais il se vengea cruellement de ce que ces dames lui avaient dit en cette rencontre; car il déféra à la cour leurs assemblées de charité comme des assemblées séditieuses que les prêtres de la communauté de M. Duhamel entretenaient contre la religion et contre l'État. M. le cardinal Mazarin en fut tellement persuadé que par son ordre M. l'abbé de Bourzeis en fît des remontrances fort sérieuses à ces messieurs. On menaçait même hautement MM. Feydeau et Cordon de lettres de cachet, et toutes choses y étaient fort disposées. Ces dames représentèrent à M. Amyot que puisqu'il n'avait pas l'usage de c(is assemblées, ne les ayant pas tenues jusqu'à ce temps-là, et que d'ailleurs il déclarait ne vouloir rien contribuer à la charité, il était à propos qu'il laissât faire ces messieurs de la communauté de M. Duhamel. Mais il les traita toutes de rebelles et de schismatiques, et leur défendit de fréquenter la maison de ce curé exilé, fondant cette interdiction sur les plus horribles calomnies, qui n'avaient nul fondement. Il voulut même obliger ces prêtres de leur refuser l'absolution à
cause de la résistance qu'elles lui avaient faite dans cette assemblée, disant que leur révolte contre lui était une matière de grande importance. Enfin il ne craignait pas de s'exposer à la riséfe de tout le monde pourvu qu'il satisfît sa passion.