‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 391 sur 510 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

M. Amyot se sert de l'occasion pour ruiner dans la paroisse de Saint- Merry le bien que M. Duhamel y avait fait. Faiblesse des curés de Paris. M. Fouquet, procureur général, sollicite la Chambre des vacations contre M. le cardinal de Retz. Bruit d'un nouveau bref confié à M. de Lodève par le pape.

M. Amyot se trouvait alors dans l'état où il s'était souhaité depuis longtemps. Il se voyait maître absolu de la paroisse de Saint-Merry par l'éloignement de M. Duhamel. Et pour ruiner en peu de jours les établissements de piété que ce confrère y avait faits, il crut devoir s'emparer des fonds qui y étaient comme les sources de la charité et de la bonne conduite qui y régnait 11 regardait cet exilé comme un homme perdu sans ressource et qui ne devait jamais revenir. Et parce que les ecclésiastiques de sa communauté faisaient encore leurs fonctions en son absence, et conduisaient les personnes qui prenaient avis de son collègue pour leur direction intérieure, il étudiait tous les moyens imaginables de persécuter et de rebuter ces vertueux ecclésiastiques^ parmi lesquels il y avait plusieurs docteurs de Sorboune, soit en tâchant de les exclure de la sacristie, soit en les chicanant en toutes sortes d'occasions.

Ce qui le fortifiait dans cette usurpation violente était l'affaiblissement de MM. les curés de Paris, qui semblaient avoir entièrement abandonné la cause de leurs confrères, qui était leur propre cause; car s'étant assemblés le premier mercredi de novembre pour délibérer encore une fois sur ce qu'ils avaient arrêté le mois précédent dans l'assemblée qui avait été la cause de la proscription de M. Duhamel, ils résolurent qu'ils attendraient encore un mois pour voir si dans ce terme il ne viendrait point quelque ordre de M. le cardinal de Retz, et que cependant ils reconnaîtraient MM. les grands vicaires du chapitre. Ils arrêtèrent aussi d'écrire au nom de toute la compagnie des lettres de consolation à leurs confrères exilés, et firent des plaintes contre ceux qui déféraient leurs confrères. M. Roullé, curé de Saint-Barthélémy et quelques autres en étaient la principale matière ; car il ne se passait rien dans leurs assemblées qui

ne fût rapporté dès le soir même à M. le chancelier, avec beaucoup de déguisement et d'une manière fort odieuse. Mais ces plaintes des curés n'arrêtèrent pas la prévarication de ces hommes dévoués à toutes les passions du ministre, et pour apporter quelque remède aux maux de TÉglise il fallait quelque chose de plus vigoureux que cette résolution.

La fierté de M, Amyol s'augmentait encore par le bruit que les Jésuites répandirent de toutes parts, d'un bref que le pape avait confié, disaient-ils, à M. Tévêque de Lodève pour achever l'entière ruine du. prétendu jansénisme. La chose était si secrète à Rome que ceux qui étaient affectionnés en ce pays-là à la cause de saint Augustin n'en pouvaient rien découvrir'. Mais les partisans de Molina en triomphaient par avance et ne doutaient nullement de la dernière décision de cette affaire.

M. Amyot prévoyait aussi que celle de M le cardinal de Retz ne s'accommoderait jamais, parce que la cour s'échauffait de plus en plus contre lui. Et en effet, le 27 du mois d'octobre, M. Fouquet, procureur général du Parlement de Paris, était venu à la Chambre des vacations pour donner avis à la compagnie que le roi, après avoir fait examiner les cahiers [que] Messieurs du clergé lui avaient fait présenter pour lui remontrer que la procédure du Parlement et du Conseil contre M. le cardinal de Retz blessait les immunités et les privilèges de l'Eglise, avait reconnu qu'elles ne leur étaient nullement contraires^ et qu'ainsi Sa Majesté avait ordonné en son conseil d'en haut qu'on reprendrait incessamment les informations que ces remontrances avaient fait surseoir. H est vrai que l'un des conseillers de cette Chambre des vacations avait représenté que ce rapport de M. le procureur général était d'une très grande conséquence et regardait le Parlement en corps, toutes les chambres assemblées, ce cardinal étant du corps de la cour, et que sur cette remontrance, non seulement il empêcha qu'il ne se fit aucune délibération touchant la proposition de M. Fouquet; mais [il] avait même fait arrêter qu'on ne mettrait autre chose sur le registre que le simple récit de ce qui s'était passé au Conseil sur les cahiers du clergé en la manière que ce procureur général l'avait fait Mais M. Amyot ne craignait rien de la part du Parlement assemblé en corps tant que le roi continuerait de se déclarer pour pousser à bout le cardinal,

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