‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 394 sur 510 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

eurs femmes, neveux et nièces du pape. Et Sa Sainteté trouva bon ensuite qu'il allât loger chez les Pères de la Mission, pendant qu'il traiterait son ajustement vec les ministres de France. Outre quelques sommes d'arent et la pension de trois mille écus que Sa Sainteté donne ordinairement aux pauvres cardinaux, elle lui donna de sa

Iaain, le 7^ du même mois, le chapeau de cardinal dans un onsistoire où tous les cardinaux étaient à la réserve du carlinal Antoine, qui se trouva indisposé. Il est vrai que Sa iainteté n'en avait averti personne, et qu'ainsi, sous pré- Bxte de faire seulement un consistoire pour les affaires oriinaires, elle avait voulu surprendre le collège afin que peronne ne s'en absentât; de sorte que ce cardinal en recevant le chapeau reçut aussi le baiser de paix et les embrassements de tous les autres, même des cardinaux Orsino* et Bichi; le seul cardinal d'Esté étant sorti du consistoire sous prétexte d'indisposition dès qu'il eut appris la chose dont il s'y devait agir. Ensuite ce cardinal arrivé depuis peu

ià Rome visita en cortège MM. les cardinaux de Médicis' et Barberin, après avoir rendu ses actions de grâces dans Téglise de Saint-Pierre, selon la cérémonie ordinaire de ces pays-là, et se retira le lendemain chez les missionnaires, où Ton commença aussitôt Topération de son épaule démise, ce qui lui causa de si violentes douleurs qu'on croyait qu'il dût mourir entre les mains des opérateurs et de six hommes qui le tenaient. Il eut même regret de s'être soumis à une opération si sensible par le peu d'espérance qu'il avait de guérir. Mais quoiqu'il fût réduit à garder le lit, il ne laissait pas de s'y appliquer à l'étude et de lire les livres que M. le cardinal Barberin lui fournissait. Il ne fut visité à son arrivée d'aucun religieux français, à la réserve des Minimes. Le Père Brisacier, arrivé depuis peu à Rome aussi bien que lui, était trop bon politique pour lui rendre ses devoirs et pourne pas observer la contenance de M. Tévêque de Lodève, qui était vraisemblablement le principal sujet de son voyage.

1. Peut-être Virginio des Ursins (i615-1676), créé cardinal par Urbain VIII en 1641.

2. Jean-Charles de Médicis (1595-1666), fils du grand-duc de Toscane Ferdinand I, cardinal-diacre en 1615, évoque de Sabine en 1645; il mourut doyen du Sacré Collège

Dès rinstant que Ton sut en France que le cardinal était arrivé à Rome, le roi donna ordre d'envoyer une lettre de cachet à M. de Noiset, par laquelle il lui ordonnait de ne le pas visiter, et faisait aussi défense aux autres administrateurs de l'église de Saint-Louis^ de lui rendre aucun honneur au cas qu'il vînt dans leur église. Cet officier de rote y obéit, et enjoignit à tous les chapelains qui y servaient de s'y soumettre, sous peine d'être exclus et chassés de leurs emplois Le sort tomba sur deux pauvres prêtres de ce nombre qui furent congédiés pour avoir souscrit fort innocemment un acte traduit de français en latin, quoiqu'ils eussent seulement témoigné que la traduction était fidèle. Mais comme c'était Tacteque ce cardinal avait envoyé au pape pour révoquer la démission qu'il avait faite de son archevêché au bois de Vincennes, on leur fit porter la peine de leur simplicité.

M. Duhamel en souffrit une plus grande. Il était arrivé à Langres, lieu de son exil, dès la fin du mois de septembre, et il y exerçait toujours la charité avec une approbation publique, sans abandonner le soin de son peuple et des ecclésiastiques de sa paroisse à qui il écrivait. M Amyot et les Jésuites ne purent souffrir l'éclat de sa réputation; ils le décrièrent à la cour comme un ennemi de la religion et de l'Etat, et comme un homme capable d'infecter et de corrompre tout le monde, et leur médisance fut écoutée si favorablement que Ton expédia un nouvel ordre pour le faire transporter de Langres à Quimper-Corentin au fond de la Basse-Bretagne, avec un valet de pied pour l'y conduire et pour rendre même sur ce sujet une lettre à M. le maréchal de la Meilleraye.

L'année 1654 finit par cette catastrophe; Dieu humilia ses serviteurs et permit que ceux qui les persécutaient eussent la malheureuse consolation de les pouvoir fouler aux pieds impunément, afin de les disposer par ces maux à en souffrir encore de plus grands, quil leur réservait dans l'ordre de son adorable Providence.

1. On voit par là que M. de Noiset était l'administrateur principal de Saint-Louis des Français.

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