‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 398 sur 510 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Mort du pape Innocent X. Ses qualités.

Les faux bruits qui avaient couru de toutes parts touchant la mort d'Innocent X dès le commencement du mois de décembre devinrent une vérité au commencement de l'année 1655, et après avoir lutté plus longtemps contre la mort que ne le pouvait faire un homme d'un tempérament robuste à un âge presque décrépit, il succomba à cette nécessité qui est la peine inévitable de tous les enfants d'Adam. Son agonie avait duré depuis le 26 décembre jusqu'au 7 janvier, sans pouvoir presque parler dans tout ce temps-là. Il passa dix jours entiers sans rien prendre, et treize sans connaissance, et fit languir par une si longue attente de son dernier moment ceux qui regardent comme le sujet de leur consolation et de leur joie les changements et les révolutions de la cour de Rome. Enfin il paya le tribut que nous devons tous à la nature après un pontificat de dix ans, quatre mois, et vingt-deux jours.

Les politiques de notre siècle qui ne portent point leur vue au delà de cette vie lui ont attribué tout le bonheur qu'un homme élevé d'un rang peu considérable jusqu'à la plus haute dignité qui soit sur la terre peut posséder en ce monde. Mais si cela est, on en doit conclure qu'il n'y a rien de si misérable que la félicité de cette vie. Car quoiqu'il ait laissé de très grands biens et des établissements tout à fait avantageux à sa famille, ce n'a été que par des voies si pénibles et par des moyens si épineux, qu'ils lui ont fait perdre toute la douceur et tout le fruit qu'il en pouvait espérer. Le désir de conserver ses richesses aux personnes qui lui étaient les plus chères et les plus

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