LIVRE XIII
proches l'a obligé de les éloigner de lui, et de les tenir dans sa disgrâce et dans son aversion apparente. Il semblait n'avoir adopté un cardinal* et ne lui [avoir donné et] fait porter son nom que pour l'accabler aussitôt après par le poids de sa disgrâce ; et quoiqu'il eût assez de force d'esprit pour ne se pas mettre beaucoup en peine ni de conserver sa réputation, ni de se défendre de l'aversion publique, il reconnut néanmoins, par une triste expérience qui ne finit qu'avec sa vie. combien il y a de différence entre la dissimulation profonde des peines et des afflictions intérieures et la consolation solide d'une véritable tranquillité.
La politique, qui lui avait toujours été une souveraine loi, l'avait réduit à n'agir presque jamais selon ses véritables inclinations, et à favoriser malgré lui les desseins de ses plus grands ennemis. Quoique son aversion contre le cardinal Mazarin fût connue de tout le monde, et que cette considération seule dût être capable de l'engager à des choses extraordinaires pour tirer le cardinal de Retz de la dernière oppresssion, il mourut sans faire ressentir à ce dernier aucun véritable effet de cette grande et puissante protection qu'il lui avait promise avec tant d'éclat.
On savait aussi qu'ayant une extraordinaire aversion contre tous les ordres religieux en général, la compagnie des Jésuites en particulier était l'un des plus grands objets de sa haine. Mais quoiqu'il eût plus de penchant à les mortifier et à les détruire qu'à leur accorder de nouvelles grâces, ils le firent tomber lui-même dans le piège, et se laissant éblouir par le faux éclat d'un honneur imaginaire, il les éleva sans y penser par une constitution dont il fît la principale gloire de tout son pontificat, et il l'appuya de toute son autorité, sans en avoir jamais compris les mauvaises suites.