‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 404 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

qui fît justice, à tout le monde et qui ne fût pas ennemi de la paix.

Le corps d'Innocent X était exposé dans Saint-Pierre où tout le monde allait lui baiser les pieds. Cependant il n'y avait personne qui ne pensât à sa sûreté pour se défendre des insultes et éviter les désordres qui arrivent dans les va canoës de siège. Le cardinal Antoine, comme grand camerlingue, se mit en possession du palais de Monte-Cavallo ' où le pape était mort, et donnait tous les ordres nécessaires pour empêcher le bruit et la confusion. Toute la ville était en armes, et personne n'osait sortir sans être armé, jusqu'à ce que l'ordre fût mis partout par le soin des cardinaux qui s'assemblaient tous les matins pour la police.

Le cardinal d'Esté avait fait venir de Modène plus de quatre cents soldats; les cardinaux Colonne, Barberin, etc., en avaient encore un plus grand nombre. L'ambassadeur d'Espagne avait trois cents hommes sous les armes devant son logis. Enfin il n'y avait personne qui ne pensât à sa sûreté, et quoique selon les apparences personne ne voulait attaquer, touspensaientnéanmoins à se défendre. Les plus sagesétaient ceux qui pendant ces précautions politiques et les négociations nocturnes s'adressaient uniquement à Dieu pour lui demander qu'il fît monter sur le siège de saint Pierre un homme vraiment apostolique qui aimât l'Église, qui fût un digne père de tous les fidèles, et qui fût aussi bien le vicaire de l'amour et de la charité du prince des apôtres, que son successeur dans cette suréminente dignité. Mais le nombre de ceux qui se réduisaient à ce seul parti était fort petit, et la plupart avaient déjà consulté leur cupidité et leur propre esprit avant que d'avoir tâché de rendre leur cœur susceptible des lumières de l'Esprit-Saint. Les autres même se vengeaient par des satires et des pasquinades, qui ne furent jamais plus fréquentes que dans cette vacance du siège, qui fît naître en un instant une infinité de poètes et de profanateurs des paroles les plus sacrées de l'Écriture pour satisfaire à leur passion et assouvir leur vengeance.

Page 1