‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 403 sur 510 · LIVRE xm · texte numérisé non relu

LIVRE xm

dernière aversion contre sa famille, n'y ayant jamais eu de pape qui eût tant méprisé le consistoire que lui. On se figurait même qu'il s'en trouverait dans sa propre famille qui seraient contraires à tous les autres, et que le cardinal Astalli, qui devait être comme cardinal neveu ayant été adopté avec le nom de Pamphile, serait le plus vigoureux ennemi de tous les Pamphiles par le ressentiment qu'il avait de sa disgrâce, qui lui avait été procurée par la signora Olympia, et qui l'avait dépouillé de tous les biens que le pape lui avait donnés en l'adoptant. Quoique le pape l'eût voulu voir avant que de mourir, il ne lui avait rien rendu néanmoins de tout ce qu'il lui avait ôté, et ce cardinal en conservait un profond ressentiment.

Carpegna* était encore de ceux que Ton mettait sur les rangs par la considération de sa grande probité, et de ce qu'il n'était point partial ; et l'on croyait que s'il était élevé sur le Saint-Siège on verrait en sa personne un pape ecclésiastique. Il n'était alors âgé que de soixante ans. Ceux qui avaient connu le cardinal de Richelieu disaient de lui qu'il lui ressemblait, sans en avoir ni les mœurs ni l'esprit. Bragadin, vénitien, n'était pas jugé au dessous de cette dignité, parce qu'il avait du savoir et du mérite, et on parlait de lui comme d'un homme de grande cabale et d'une intrigue délicate.

La jeunesse du cardinal Chigi, qui n'avait pas encore soixante ans, n'empêchait pas qu'on ne le mit au nombre des sujets papables, et il était estimé dans cette cour grand politique et fort habile pour les affaires.

Palotta était fort considéré pour la politique, ayant été nourri toute sa vie dans les plus importantes affaires ; mais il passait pour un grand parleur et raisonnant fort au long sur les choses de la moindre conséquence, ce qui lui pouvait nuire, aussi bien que le soin particulier qu'il prenait de tous les moines, qui le regardaient comme leur père. Car les cardinaux commençaient à craindre la trop grande puissance des moines, qu'ils voyaient croître tous les jours et qui se rendaient invulnérables par la quantité et la qualité de leurs protecteurs.

!. Ulysse Garpegaa (1595-1679) créé cardinal en 1634 par Urbain VIII mourut sous-doyen du Sacré-Collège.

Rapaccioli, romain de basse naissance, mais homme de fort grand esprit et d'une vie fort ecclésiastique, et résidant toujours à son évéché parce qu'il n'avait pas de quoi vivre à Rome avec éclat, était fort supporté par les Barberins; on préjugeait que ce serait le premier qui serait proposé de de leur part et que les deux frères le serviraient également.

Ceothini était encore un fort grand sujet, et capable de réussir dans cette entreprise si les ennemis de Pamphile avaient le dessus, car il était tombé dans la disgrâce d'innocent X, et n'était revenu que deux jours avant sa mort. Néanmoins, comme on le croyait un peu trop habile, c'était presque une exclusion.

Voilà à peu près la liste des sujets papables que l'on envoyait de Rome pendant cette nouvelle vacance du saintsiège*. Il y en avait encore d'autres qui ne laissaient pas d'espérer et d'y travailler pour eux-mêmes. Mais, ou personne n'était de leur sentiment, ou ils étaient trop déclarés pour les couronnes, et cela rendait leurs prétentions inutiles, n'y ayant nulle apparence que dans la disposition où étaient les choses, on voulût choisir un pape sujet du roi de France, ou d'Espagne, ou de quelque prince que ce fût, ou déclaré pour ses intérêts.

Le conclave qui s'allait former devait être fort nombreux, et de tous les cardinaux, il n'en manquait que trois, et un mort ; et on disait déjà par avance que pour faire un pape, il faudrait que quarante-quatre cardinaux se trouvassent de même avis, étant nécessaire qu'il y eût plus des deux tiers pour la validité de l'élection.

Tout le monde était fort en peine du cardinal de Retz, et de savoir quel parti il prendrait dans le conclave, et s'il favoriserait la France ou les Pamphiles. Il déclarait néanmoins hautement qu'il n'abandonnerait jamais les intérêts de la France lorsqu'ils lui seraient connus ; qu'il ferait tout son possible pour les pénétrer, et que si on ne voulait pas lui en donner de part, il imputerait cette ignorance à son malheur, et il emploierait tous ses soins pour faire un pape tout ecclésiastique. Car il était convaincu que la France ne devait désirer qu'un père commun, et qu'elle n'avait jamais souhaité dans tous les conclaves qu'un pape désintéressé

i, Ms. de siège.

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