‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 406 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

vers vous, déjà si glorieusement établie pour ce sujet, se manifesteraencore davantage de jour en jour par des preuves plus grandes et plus signalées. Nous vous exhortons aussi par les entrailles de J.-C, mes enfants bien aimés et vénérables frères, et tous les autres évêques du royaume de France, à ce que conspirant tous ensemble d'une même affection et par un effort entièrement conforme en Notre Seigneur, vous fassiez en sorte d'employer diligemment ce qui sera le plus convenable et ce qui contribuera plus vigoureusement pour affermir l'exécution et appuyer pleinement la pratique et l'usage tant de notre constitution que de notre décret du 23 avril 1654, que nous avons dû fa^ire nécessairement ensuite de notre bulle, par lequel les livres imprimés et publiés sur ce sujet sont pareillement condamnés. Que si vous exécutez ces choses par un concours unanime et avec fermeté, vous comblerez par un illustre accroissement de mérites le zèle de votre pieuse sollicitude, par lequel vous avez donné jusqu'à présent au Saint-Siège et à nous les excellentes marques de votre obéissance. Et quoique notre bienveillance paternelle, par une inclination volontaire, soit portée à vous chérir, vous nous obligerez de plus en plus à vous faire paraître le très affectueux sentiment de notre charité apostolique, avec laquelle cependant nous vous donnons de bon cœur notre bénédiction. Fait à Rome, à Sainte- Marie-Majeure, sous l'anneau du pêcheur, le 29 septembre [de l'an] 1654, et de notre pontificat le dixième. »

La lecture de ce bref fit prendre feu aux évêques assemblés, et leur fit croire que le temps était venu d'exterminer entièrement le prétendu jansénisme. Ils arrêtèrent que le roi serait supplié d'envoyer à tous les parlements une déclaration pour faire enregistrer la constitution du pape et le bref qui condamnait les cinq propositions de Jansénius. Messieurs les évêques de Meaux, de Dol, de Saint- Brieuc, et de Rodez furent nommés pour dresser cette déclaration avec M. le chancelier de France.

Mais le cardinal Mazarin, qui n'avait convoqué cette assemblée que pour en tirer sans résistance une délibération favorable pour la réception du nouveau bref, fut fort surpris de voir que l'on y mêlât une autre affaire, sur laquelle rien ne lui paraissait si avantageux que le silence. Ce fut messire François de Karlay/ archevêque de Rouen, qui forma

cet incident, en se plaignant hautement de l'usurpation que le chapitre de Paris avait faite de l'administration du diocèse, qui appartenait légitimement à M. le cardinal de Retz ; et il proposa à l'assemblée de nommer des commissaires pour examiner cette affaire si préjudiciable à l'Église. Le premier ministre, avec lequel on n'en avait pas conféré, selon le style moderne du clergé de France qui s'adressait ordinairement î\ Son Éminence pour se prévenir des lumières du Saint-Esprit avant que de prendre les suffrages des évêques, fît ce qu'il put pour détourner la délibération, et dit qu'il ne s'agissait point alors de cela; qu'on en parlerait une autre fois et dans une autre assemblée. Mais on ne laissa pas de passer outre, et on nomma pour commissaires MM. de Tours, d'Évreux, de Rodez et d'Amiens.

D'un autre côté, dès que ce bref mystérieux fut venu à la connaissance du monde, toutes les personnes habiles reconnurent que ce n'était nullement ce que l'on avait attendu, et y firent les observations suivantes, qui furent lues par plusieurs personnes sans avoir jamais été imprimées :

1° L'auteur de ces réflexions remarquait que le style était tout différent de celui des brefs et bulles de Rome, en ce qu'il ne gardait aucune simplicité ni netteté, mais était tout plein d'affectation scholastique.

2° Que ce n'était point un bref décisif, et par conséquent qu'il ne pouvait faire aucune foi sur la matière.

3° Que les évêques n'ayant point reçu de réponse à ce qui était d'essentiel en leur lettre au pape, savoir : que les propositions étaient formellement dans Jansénius et condamnées au sens de l'auteur, c'était une marque certaine que le pape n'avait point voulu décider cette question, surtout dans la lettre adressée à M. de Tulle, signée du même secrétaire, par laquelle, bien loin de dire que ces propositions soient formellement dans Jansénius, il usait d'un terme suffisant pour montrer qu'elles n'y étaient pas, lorsqu'il avait dit : videbantur excerpta, et dans celle qui avait été adressée au clergé de Poitiers où l'on assurait que les propositions étaient formellement dans le livre, et cependant il ne parlait dans ce bref ni de Jansénius ni de son livre; car pour ce qui est de ces termes : doctrinam in quinque propositionibus damnatam; il fallait bien remarquer. l^Que

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