‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 413 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

l'Évangile et qui ne lui donnent pas toute sa force. La deuxième qu'il y a des pasteurs qui ne sont pas donnés pour sanctifier leurs peuples ni eux-mêmes.

M. Amyot, qui ne pouvait disconvenir de la première proposition, ne laissait pas de s'en"offenser sous prétexte que des femmes de sa paroisse lui avaient reproché qu'il était lâche et peu rigide. C'était faire une confession publique de sa faiblesse dont il était assez convaincu par le témoignage de sa propre conscience ; mais la plainte qu'il faisait de cet endroit du sermon de son prédicateur était sa condamnation, et M. Sarrazin protestait devant Dieu dans cette lettre à M. Bacheher qu'il [nj'avait eu que des vues générales en avançant cette proposition, et qu'en parlant des lâches interprètes de l'Évangile, il ne songeait ni à M. Amyot ni à aucun autre.

Ce curé de Saint-Merry se plaignait encore de la deuxième proposition comme ayant été avancée pour le décrier comme un ministre inutile de l'Évangile. Mais le prédicateur" qui n'en avait pas eu la moindre pensée prenait tous ses auditeurs à témoin de ce que la crainte de ne passe sanctifier dans un ministère si terrible et de leur être inutile l'avait obligé de faire cette réflexion sur lui-même et d'en témoigner sa crainte devant tout le monde.

Voilà ce que l'inquiétude d'un esprit malade et blessé d'une amère passion avait obligé M. Amyot de déférer à la cour contre un prédicateur célèbre, pour étouffer dans sa bouche les paroles de l'Évangile qu'il avait toujours annoncé aux peuples avec beaucoup d'édification et de succès, et l'unique fondement que son animosité lui suggérait pour l'empêcher de prêcher le carême prochain dans sa paroisse. M. de Chartres, quelque engagé qu'il fût par luimême et par la confédération des sentiments dans le parti de M. Amyot, fut surpris de cet ordre de la cour qui lui était adressé et qui n'était fondé que sur un extrait si faible et si peu considérable. Comme il était convaincu de la solide doctrine et de l'innocence de M. Sarrazin, théologal de son église, il lui témoigna de l'étonnement et du regret de cette conduite de leur confrère, ne pouvant se persuader qu'il en eût dû venir jusqu'à cette extrémité. Celui qu'il avait voulu rebuter' par un si étrange emportement

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