‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 419 sur 510 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

Excès des Pères Danjon, Adam et de Lingeiides, jésuites, daus les sermons qu'ils firent à Paris pendant le carême de cette année.

Ceux qui avaient attendu de la modération des Jésuites prédicateurs de cette année auraient bien voulu se Irompér. Il y en avait un à Orléans qui, prêchant dans leur collège avec toute la chaleur qu'un zèle inconsidéré lui pouvait fournir contre les disciples de saint Augustin, dit que J.-C. était mort pour tous les réprouvés et même pour les diables, et cria de toute sa force que c'était là le sentiment de toute l'Eglise, faisant voir par cet excès autant d'ignorance que de passion.

1. Malhias flauzenr, récollet, composa contre la docirine de Jansénius un traité intitulé : Analomia S. Auguslini, qui lui attira une réponse de dom Ignace fluart, de l'ordre dcCîtoaux.

Le P. Hauzeur vivait encore en 1664. on ignore la date de sa mort.

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Mais cela n'élait pas comparable aux emportements dn Père Danjoii, jésuite, dans la chaire de Saint-Benoît'.

Tout le monde attendait une rétractation de ce jésuite, dans le sermon qu'il fit le dimanche... de mars; mais il se contenta de dire que l'on avait pris ce qu'il avait avancé dans un sens contraire à son intention. C'était une faible réparation des invectives qu'il n'avait point cessé de faire contre M. le curé de Saint-Benoît, l'ayant menacé dès le mercredi de la semaine précédente d'être cité, d'avoir un ventât, et d'être suspendu et interdit de ses fonctions, sans toutefois le nommer. 11 avait même fait tous les efforts imaginables avec la plupart de ses confrères pour faire citer le pasteur devant messieurs les grands vicaires de M, le cardinal de Retz, et l'avait même déféré à la cour; mais Dieu l'avait protégé contre eux. Ce curé demeura ferme malgré tous les emportements de ce jésuite; et non seulement il lui témoigna qu'il se mettait fort peu en peine de ses invectives, mais il lui déclara de plus qu'il devait s'assurer que dès qu'il dirait quelque chose contre l'ordre de l'Église ou contre la vérité, il ne manquerait pas à le relever et à monter en chaire dès le lendemain pour réfuter ses erreurs. A quoi ce prédicateur eut la hardiesse de repartir que dans deux ou trois jours on parlerait au Parlement des choses dont ils étaient en peine, entendant par ces mots la déclaration, sur laquelle néanmoins M. l'avocat général Bignon avait formé quelques petites difficultés lorsque M le procureur général la lui avait communiquée; outre que Ton publiait dans Paris qu'une lettre que quelques évêques de Languedoc avaient écrite sur ce sujet à M. le cardinal Mazarin avait fait impression sur son esprit.

Le père Adam prêchait le carême de cette année dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse de Sa Majesté, et comme le voisinage du Louvre inspirait une nouvelle ardeur à sa passion, il appela toute sa rhétorique à son secours pour changer la fête de Pâques, qui est un jour de paix et de joie, en un jour d'affliction et de larmes pour la plupart de ses auditeurs. Car il eut pour but, non de rompre les chaînes des criminels et des captifs, comme les empereurs chrétiens l'ordonnaient autrefois pour se prépa-

1, Au ras. se trouve un blanc; Ilermant se proposait sans doute de rapporter les propres paroles du P. Danjou.

rer à cette grande solennité, mais d'exciter dans le cœur du roi des sentiments de colère et de vengeance contre le peuple de Paris, l'accusant d'avoir dit de Sa Majesté pendant les derniers troubles, comme le peuple juif avait dit autrefois de J.-G, : Tolle^ toile, nolumus hune regnare super nos\ d'où il concluait que Sa Majestédevait traiter ce peuple en la même manière que J.-C. avait traité le peuple juif en le privant des lumières et des bénédictions de son Évangile et les transférant aux gentils. Mais il ajouta, par un adoucissement encore plus criminel que le reste, qu'il priait néanmoins Sa Majesté de considérer que ce peuple avait été excité comme celui-là par des pharisiens et des scribes qui avaient corrompu sa fidélité à force d'argent, et que c'était contre ces misérables que Sa Majesté devait agir avec toute la rigueur de sa justice. On voyait assez qui étaient ceux dont il demandait la destruction et la ruine par cette invective si furieuse et si sanglante, quoique leur extrême retenue durant la guerre de Paris eût été capable d'édifier toutes les personnes équitables.

Le Père de Lingendes se dispensa d'user du terme de scribe et de pharisien ; il nomma nettement en pleine chaire les disciples de saint Augustin sous la qualité odieuse de jansénistes, les accusa de dogmatiser, de tenir pour cet effet des assemblées nocturnes, et d'entretenir des séminaires jusqu'au nombre de quatorze. Et afin de donner à ses invectives une plus grande autorité, il se compara le lundi de Pâques à saint Augustin, et se vanta d'être docteur aussi bien que lui dans l'Église.

Le Père Adam garda malgré lui le silence le lundi et le mardi de Pâques, car le peuple de Paris avait conçu contre lui une si grande indignation qu'il n'osa prêcher pendant ces deux jours par la crainte de recevoir quelque insulte , et quand il entreprit de monter en chaire le dimanche suivant, il la trouva tellement fermée qu'on ne la put ouvrir sans la rompre, ce qui fit murmurer contre lui la plupart des assistants, il changea néanmoins un peu de langage; et en s'adressant à la reine, il lui dit : que toute la France ayant toujours vu en Sa Majesté des marques d'une grande bonté et d'une clémence toute extraordinaire, on pourrait espérer sans témérité qu'elle mettrait en oubli tout ce qui s'était passé durant les troubles dont cette grande ville

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