‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 421 sur 510 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Incidents arrivés à Beauvais et dans le synode de rofficialité de Paris.

Ce fut en ce temps de Pâques que le sieur Godefroy, chanoine de Beauvais, leva le masque et fit voir par une conduite bizarre que le zèle qu'il avait fait paraître depuis quelques années pour M. l'évêque de Beauvais contre son chapitre n'était l'effet que d'une profonde dissimulation. M. Hermant avait été engagé à prêcher le carême inopinément dans leur église, parce que tous les autres prédicateurs qui avaient promis successivement de se charger de cet emploi avaient manqué. Dieu avait donné sa bénédiction à l'obéissance qu'il avait rendue à son évêque, non seulement par le grand concours de peuple qui le venait écouter avec satisfaction, mais aussi par la santé et la vigueur du corps qu'il lui avait conservées jusqu'à la fin de ce pénible ministère, ce qui avait surpris tous ceux qui ne croyaient pas que sa faiblesse pût fournir cette carrière. M. l'abbé Chaillou,

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doyen de la même église, qui quittait ordinairement sa résidence de Paris pour venir s'y rendre au temps de Pâques, y étant venu pour le dimanche des Hameaux, le vint embrasser peu de jours après pour lui témoigner l'exlréme satisfaction qu'il avait de ses sermons, ayant été particulièrement touché de celui du lundi de la semaine sainte.

Comme c'était alors l'usage du chapitre de Beauvais de députer quelques chanoines vers les prédicateurs de l'avent, du carême et de l'octave du Saint Sacrement, on proposa dans la compagnie de rendre la même civilité à M. Hermant, et tout le monde s'y porta, à la réserve de M. Tiersonnier l'aîné, l'un des plus anciens de la compagnie, qui dit ne pouvoir être de cet avis pour des raisons importantes qu'il dirait en temps et lieu. Cette opinion vague ayant fait surseoir la délibération, il dit qu'il n'était pas juste de faire cet honneur à M. Hermant, qui s'était contenté de saluer uniquement l'évêque de Beauvais sans rendre ce respect à la compagnie, ce qui néanmoins était très faux. Sur cela M. Godefroy ayant dit à l'oreille de celui des chanoines qui était le plus proche de lui dans cette assemblée qu'il allait surprendre bien du monde, dit que sans s'arrêter à cette formalité, il n'était nullement d'avis de députer aucun de la compagnie vers un homme qui avait d'aussi mauvais sentiments que M. Hermant, et lui reprocha hautement le prétendu jansénisme avec toute l'aigreur qu'une longue et secrète animosité pouvait fournir à un esprit ulcéré. M. Tiersonnier, n'ayant demandé d'abord ce terme pour s'expliquer que dans le dessein de former une cabale, avait attiré à son parti par ses intrigues le plus grand nombre des chanoines, et ils conclurent de ne pas rendre à un de leurs confrères un honneur qu'ils avaient toujours rendu jusqu'à ce temps là à ceux qui leur venaient de dehors.

Mais M. Godefroy, qui prévoyait bien que M. l'évêque de Beauvais pourrait prendre part à cette injure, voulut s'en disculper auprès de lui, et fonda la justification de sa conduite dans cette assemblée capitulaire sur mille calomnies dont il tâcha de noircir la foi et la religion de M. Hermant; et comme ce docteur qu'il voulait flétrir était mieux connu de M. de Beauvais que de nul autre, il en fut si mal reçu qu'il ne put s'empêcher de dire qu'il était donc perdu dans son esprit sans ressource. Après une telle tentative il se re-

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