LIVRE XIII
l'on dressât une déclaration sur la demande que les évêques avaient faite, afin de la vérifier dans tous les Parlements de son royaume, comme étant le seul moyen qu'elle jugeait être propre pour réduire tous les esprits dans l'ordre et les obliger de souscrire à la condamnation que Sa Sainteté avait faite de Jansénius.
M. Bignon lui remontra que cette déclaration serait peutêtre un moyen peu proportionné à la fin que l'on se proposait ; qu'au lieu d'apaiser les différends et d'adoucir les esprits, elle serait peut-être capable de les aigrir encore davantage ; qu'elle était contraire à l'usage universellement reçu dans la France, et qu'elle autoriserait des actes de Rome qui n'avaient jamais été reçus dans ce royaume, et qui avaient toujours été rejetés comme contraires aux libertés de l'Eglise gallicane.
M. le chancelier lui répliqua qu'il y avait eu autrefois des déclarations adressées à tous les Parlements du royaume contre les hérétiques, et particulièrement contre Luther et Calvin, et que les hérétiques de notre temps (il lui plaisait d'appeler ainsi les disciples de saint Augustin) ne faisant que renouveler la doctrine de Calvin, on pouvait dire qu'ils en étaient les sectateurs, et par conséquent que comme le pape ne faisait que renouveler les condamnations des erreurs de cet hérésiarque en y ajoutant la censure des cinq propositions, le roi pouvait, sans blesser les droits de son royaume et les libertés de l'Église gallicane, envoyer une nouvelle déclaration contre eux. Mais M. Bignon lui représenta que la déclaration ne devant être envoyée qu'ensuite de la constitution du pape et du bref, quelque prétexte que l'on voulût prendre de la condamnation de l'hérésie de Calvin, on ne la pourrait jamais considérer que comme une confirmation, non seulement de cette constitution, mais du bref même, qui aurait été faite par l'autorité du roi et de ses Parlements; et enfin il lui témoigna fort précisément que pour le bien de l'Église et du royaume, et pour satisfaire aux obligations de leurs charges,, il leur était impossible de lui donner des conclusions selon son gré de la déclaration.
Depuis cette conférence, on ne parla plus d'envoyer cette déclaration au Parlement où il n'y avait nulle apparence de la faire recevoir sans contradiction. Le roi y alla néanmoins le treizième jour d'avril en habit de campagne, mais ce fut
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uniquement pour défendre à Messieurs du Parlement de faire aucune assemblée au sujet des édits qu'il avait fait vérifier quelque temps auparavant en sa présence, et pour les menacer avec un branlement de la main et du doigt de leur faire ressentir les effets de toute son autorité s'ils entreprenaient à l'avenir de s'assembler sans son expresse permission.
Un traitement si exlraordinaii-e surprit tout le monde et obligea les présidents au mortier d'aller dès le lendemain au château de Vincennes, pour témoigner leurs sentiments et celui de tout le chapitre* sur un procédé si surprenant. Ils firent paraître combien ils avaient été touchés des menaces de Sa Majesté, et de l'affectation avec laquelle elle avait pris un habit.de cavalier pour la leur faire d'une manière si contraire à sa douceur et à sa bonté royale. M. le cardinal Mazarin approuva fort leur dessein, les retint tout le jour pour négocier avec eux, et tâchant de leur satisfaire, leur dit qu'ils ne devaient pas prendre garde à la manière dont le roi était vêtu quand il était venu tenir son lit de justice en la grand 'chambre, parce que Sa Majesté revenant alors de la campagne et étant sur le point de retourner, s'était servie sans aucun dessein de son même habit de campagne ; que le geste de la main et du doigt ne devait point être pris pour une marque de menace et d'indignation, mais seulement pour l'effet d'une habitude insensiblement contractée par Sa Majesté. Et que pour ce qui concernait les édits, comme il était vrai que le roi et son conseil avaient cru qu'ils ne pouvaient pas être exécutés en la manière qu'ils étaient dressés. Sa Majesté avait arrêté d'aller le samedi suivant à Paris pour y assembler les notables de son royaume, et voir avec eux ce qu'il y aurait à faire sur ce sujet pour dresser ensuite une déclaration et l'envoyer au Parlement.
C'était un prétexte spécieux pour mettre. à couvert l'engagement de la cour et l'autorité du roi. M. le cardinal Mazarin craignait avec assez de sujet le crédit et les intrigues de M. do Bellièvre, premier président, qui, dans la grande estime qu'il avait acquise de probité et générosité, ne laissait pas d'avoir de fort étroites liaisons avec des personnes
l. Lire : Varlemenl\ c'est uuc distractiou de cliauoiue.
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très considérables à la cour, et sous le voile d'un entier désintéressement, ne laissait pas de former de grands desseins peu compatibles avec le ministère présent. 11 y avait encore quelque reste de vigueur dans le Parlement, et dès que le premier ministre y trouvait de la résistance, il s'accommodait au tejnps et ne craignait pas de se retirer en arrière, en préférant le grand intérêt de sa conservation aux avantages passagers qu'il s'était proposés par sa secrète et naturelle inclination. On voyait bien que ce projet d'assemblée des notables était fort éloigné de ses véritables sentiments et qu'il n'en serait jamais rien ; mais il fallait dire quelque chose pour guérir les esprits de ces magistrats, que Ton ne voulait point encore pousser à bout et qu'il était à propos de payer de belles paroles, n'ayant pas dessein de rien faire d'effectif en leur faveur.