‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 426 sur 510 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Relation abrégée du coDclave. Exallatiou du cardiual Chigi au poutiOcat.

La nouvelle de l'exaltation du cardinal Chigi sur le siège de saint Pierre, qui avait vaqué trois mois entiers, fut portée en ce temps là à la cour de France, et surprit ceux qui ne se pouvaient persuader qu'un prélat âgé seulement de cinquante-six ans, et qui n'était entré que depuis peu d'années dans le collège des cardinaux, pût être préféré à tant d'autres sujets papables. Cet événement, qui est un des plus remarquables de notre siècle en ce genre, n'a pas manqué d'écrivains qui en ont fait la relation en italien et en notre langue*.

Sitôt après la mort d'Innocent X, on prévit la difficulté qu'il y aurait de faire un pape, par le peu de correspondance que le cardinal Jean-Charles de Médicis, frère du grand-duc, voulut avoir avec ceux d'entre les cardinaux que l'on appelait l'escadron volant, et par le peu d'intelligence qui parut entre lui et le duc de ïerreneuve *, ambassadeur

1. 11 va sans dire qu'Hermaat ne conuaissait pas le récit du cardinal de Uolz; son curieux cliapitre est le complément indispensable de la dernière partie des Mémoires de l'illustre frondeur.

2. Diego d'Aragou, duc de Terrauuova, connétable et amiral de Si-

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d'Espagne, qui le soupçonnait d'avoir plutôt devant les yeux les intérêts de sa maison que ceux de l'Église et l'avantage du roi d'Espagne.

Ceux qui voulaient élever à cette haute dignité le cardinal Sachetti, auquel les Espagnols avait donné l'exclusion dans le conclave précédent, prirent de cette division un bon présage du succès de leur entreprise. On n'avait pas bien pénétré jusqu'alors dans les véritables causés d'une exclusion si expresse. Car ce cardinal, qui avait été nonce en Espagne avant que d'avoir été créé cardinal par Urbain Vill, avait toujours eu depuis ce temps-là tout l'attachement imaginable pour la couronne d'Espagne, comme les prélats qui ont été faits cardinaux après leur nonciature ont accoutumé de conserver une étroite liaison avec les couronnes où ils en ont fait la fonction. Les uns prétendirent que le comte duc d'Olivarès*, qui tenait alors la place de premier ministre d'Espagne, avait commencé de le tenir pour suspect ; les autres que les Médicis, qui ne s'étaient pas bien trouvés en la personne d'Urbain Vlll d'avoir de leurs sujets sur le siège apostolique, avaient obtenu cette exclusion par le moyen du roi d'Espagne ; les autres que comme on avait résolu à Madrid de persécuter les Barberins, l'on ne voulait pas souffrir de voir élever à la papauté aucune de leurs créatures; les autres que les Espagnols traversaient son élection par la connaissance qu'ils avaient de son amitié avec le cardinal Mazarin ; les autres enfin, qu'il s'était attiré la haine de la couronne d'Espagne pour avoir été favorable au nouvel ambassadeur de Portugal. De sorte que toute l'autorité des Barberins, soutenue par cinquante de leurs créatures n'eut pas assez de force pour l'élever au pontificat après la mort de leur oncle.

Cela obligea ce cardinal, après l'exaltation d'Innocent X, d'envoyer l'abbé Aldovisi, son neveU;, à la cour d'Espagne, non pour se disculper de son amitié avec le cardinal Mazarin, mais au contraire pouren faire une profession publique

cite, vice-roi de Sardaigne, fut ambassadeur à Vi'uise puis à Rome. H mourut eu 1674.

1. Gaspard de Guzman, comte d'Olivarètî, duc de San Lucar, premier ministre de Philippe IV, prit un grand ascendant sur l'esprit de ce prince, il fut disgracié eu 1643 et mourut peu après. Le célèbre don Louis de liaro était sou neveu.

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