‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 442 sur 510 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Déclaration du roi sur le bref d'Innocent X. Lettre circalairede treize évêques assemblés au Louvre, touchant le même sujet.

L'affaire de la déclaration du roi sur le bref d'Innocent X étant remise après l'assemblée des évêques, six docteurs de la Faculté de théologie de Paris allèrent au commencement du mois la demander à la reine et au cardinal Mazarin. Son Éminence leur dit que les difficultés que M. Bignon avait faites sur la déclaration étaient très judicieuses et très importantes, et qu'après avoir considéré des raisons si fortes et si solides, il était d'avis que l'on remît cette affaire à un autre temps où les choses pourraient être plus éclaircies, y ayant un pape nouveau qui pouvait s'expliquer.encore plus nettement sur la doctrine de Jansénius que n'avait fait son prédééesseur. Il fît aussi les mêmes réponses à la reine lorsqu'elle lui en parla, et lui dit qu'il fallait voir quels seraient les sentiments des évêques dans l'assemblée qui se devait tenir, et qu'il tâcherait de convoquer le plus tôt qu'il lui serait possible.

On sollicitait trop chaudement cette assemblée des évêques pour la différer plus longtemps. Ceux d'entre eux qui se trouvèrent à Paris au nombre de treize s'assemblèrent dans le Louvre le lundi 10 de mai, dans l'appartement du cardinal Mazarin, et arrêtèrent que l'on ferait une lettre circulaire pour tous les évêques de France, qui leur serait envoyée avec le bref, pour les prier de le faire recevoir dans leurs diocèses et d'y faire souscrire tous ceux qui seraient soumis à leur juridiction. M. de la Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, et M. Cohon*, évêque de Dol, furent d'avis

1. Anthyme Denis Cohon {1594-1670), évêque de Nîmes en 1634, passa au siège de Dol puis à celui de Saint-Pol de Léon. Bedemandé par le

664 MÉMOIRES DE GODKl'ROI UERMANT

d'ajouter à cette lettre que l'oa obligerait ceux qui seraient suspects de l'hérésie de Jansénius, fussent- ils même laïques, de recevoir ce bref avec respect, sous peine de la perte de leurs biens. M. Bosquet, évêque de Lodève, parla fortement contre un avis si contraire à toutes les formes ecclésiastiques et à l'usage reçu en France, aussi bien qu'à la douceur des successeurs des apôtres. M. le cardinal Mazarin ayant approuvé le sentiment de ce prélat, tous les autres évêques y revinrent, et cette circonstance,, inspirée par les Jésuites, et que le Père Garnier', auteur de leur compagnie, a voulu autoriser depuis la paix de l'Eglise dans ses notes sur Marïus Mercator', fut ôtée de la conclusion de cette assemblée. Les évêques arrêtèrent aussi que le roi serait supplié de donner une déclaration par laquelle Sa Majesté attribuerait à son conseil la connaissance des appels comme d'abus qui pourraient s'interjeter de tout ce que feraient les évêques en conséquence de cet arrêté. Mais il ne s'en fit rien en la manière qu'ils la voulaient pour lors, et il en parut seulement une sur ce sujet qui se publia quelque temps après en termes plus généraux, et qui était conçue en ces termes :

« Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Par nos lettres patentes du 4 juillet 1653, pour les justes et importantes considérations y contenues; Nous avons ordonné et très expressément enjoint à tous nos officiers et à tous nos autres sujets, de quelque qualité qu'ils soient, de tenir la main à l'exécution de la bulle de feu notre saint Père le pape du 31 mai du dit an. Et d'autant qu'en l'exécution d'icelle il s'était mû quelque doute, nos amés et féaux conseillers en nos conseils les sieurs archevêques et évêques de nos royaumes*, assemblés en notre bonne ville de Paris

peuple de Nîmes, il reprit possession de ce siège et y resta jusqu'à sa mort.

1. Jean Garnier (1612-1681), jésuite auteur de plusieurs ouvrages, et notamment de l'édition de Marias Mercator, qui dénote une grande érudition.

2. Marius Mercator, auteur ecclésiastique du v« siècle, contemporain de saint Augustin, combattit vivement les hérétiques. Il mourut vers 451. Ses écrits longtemps oubliés ont été édités au xvii« siècle par Gerberon, par le P. Garuier et enfin par Baluze.

Page 1